Le 12ème conseil franco-allemand se réunit aujourd’hui à Paris. C’est un rendez-vous important qui se tient ce matin à l’Elysée entre Angela Merkel, Nicolas Sarkozy et leurs principaux ministres. Il est important parce qu’il doit fixer les grandes orientations de la coopération entre les deux pays pour les dix ans qui viennent, en clair jusqu’en 2020. Ce n’est pas rien. Et, du coup, entre les deux premières économies de la zone euro, la logique est d’espérer des initiatives fortes qui montreront la volonté de peser, avec les autres européens mais aussi devant eux, face aux autres grands blocs politiques et économiques. L’espoir est là, mais sauf surprise, il risque d’être déçu. On a envie d’être démenti par les faits, on serait heureux de l’être, mais la vérité oblige à dire que les projets qui circulent tant à Berlin qu’à Paris ces dernières heures ne sont pas enthousiasmants. Quel est le programme de ce conseil ? Des deux côtés du Rhin, on promet 80 initiatives – pas moins – pour réveiller le couple franco-allemand. Ce volume pouvant autant rassurer qu’inquiéter, c’est le contenu qui importe. Or, le problème est qu’il est ténu. Dans le domaine économique, il y aura la création d’un observatoire de la conjoncture des deux pays….. Dans le domaine spatial, le feu vert de Berlin pour moderniser le lanceur de satellites Ariane 5 et étudier Ariane 6. Le CNRS sera rapproché de son équivalent allemand, l’Institut Max Planck. Tout cela n’est pas rien. Mais on est loin de grands projets concrets, visibles et nouveaux, par exemple sur le véhicule électrique – sujet dont on avait parlé - ou d’initiatives pour redonner à l’Europe plus de capacité d’initiative. Comment expliquer cette prudence ? Il y a, Nicolas, plusieurs éléments. Le premier, évoqué par l’entourage de Nicolas Sarkozy, est que des projets avancent mais qu’il est encore trop tôt pour en parler publiquement. On parle ainsi depuis longtemps de rapprochement industriel dans les chantiers navals. La seconde raison, elle aussi soulignée dans les cercles du pouvoir, est que dans les faits, les politiques économiques françaises et allemandes se rapprochent et que ce n’est déjà pas si mal. La France évoque ouvertement les efforts qu’elle va faire pour redresser ses comptes publics d’ici 2013, une antienne allemande, tandis que Berlin ne se donne plus comme priorité absolue de diminuer ses coûts salariaux. Et la troisième raison alors ? La plus importante. Il n’y a plus d’un côté une Allemagne fédéraliste, libre-échangiste et gardienne de l'orthodoxie budgétaire et, de l'autre, une France colbertiste, protectionniste et dépensière. Mais l’Allemagne pense qu’elle a en mains les cartes pour rebondir après la crise, grâce à son industrie haut de gamme. Elle ne voit par exemple pas l’intérêt de travailler avec les Français dans l’énergie solaire, elle a ses champions. Les Français, eux, doivent assumer l’échec, de leur fait, de la coopération nucléaire entre Areva et Siemens. Il y aura une belle photo, un soutien affiché à la Grèce, mais il manquera, alors que Barack Obama snobe le Vieux continent et que l’Asie le défie, des preuves d’amour dans ce couple franco-allemand. A moins, bien sûr, qu’il y ait des surprises...

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