Hier, Pierre Moscovici, le ministre des Finances, a assuré que l’euro était (je le cite) « fort, peut-être trop fort ». C’est vrai ?

Jamais contents : voilà ce que les auditeurs doivent se dire, et on les comprend ; il y a un an, l’euro était faible et moribond : horreur, malheur, enfer et damnation ; maintenant qu’il est sauvé, le risque est qu’il soit trop fort face au dollar. C’est comme l’eau de la douche, l’eau est trop chaude ou trop froide, il faut trouver le bon réglage. Sauf que, et c’est le problème, ce n’est pas l’Europe qui manœuvre le robinet. Pierre Moscovici, comme Arnaud Montebourg, disent quelque chose d’exact. J’ai joint le ministre des Finances au téléphone hier soir : sa déclaration sur l’euro, il l’assume, mais il n’y a pas de stratégie ou de pression sur la Banque centrale européenne derrière.

L’euro fort, qu’est-ce que cela veut dire concrètement ?

L’euro vaut environ 1,36-1,37 dollar, 10% de plus qu’il y a six mois. Des entreprises comme EADS-Airbus et LVMH râlent, cela renchérit les prix à l’exportation. Vendredi, l’hebdomadaire The Economist a publié son traditionnel Big Mac Index. Il compare dans le monde entier le prix de ce phare de la gastronomie en parité de pouvoir d’achat. Bref, le résultat est que l’euro serait surévalué de 12%. Coup de chance, les économistes disent eux aussi que le bon niveau, c’est 1,15 – 1,20 dollar. Un euro fort, à l’inverse, a un avantage : diminuer le prix des importations et notamment des carburants. Donc, oui, l’euro monte ; mais attention il est loin de ses sommets !

Le gouvernement en parle ; mais que peut-il faire ?

Le gouvernement, rien du tout. La question est de savoir si les pays européens ont un discours commun là-dessus pour en parler à la Banque centrale européenne. Evidemment, la réponse est à Berlin. Globalement, les Allemands ont moins de problème avec un euro fort que les Espagnols ou les Français, leurs produits se vendent comme des petits pains de toute façon. Mais le patronat allemand et Angela Merkel elle-même ne sont pas contents du niveau de l’euro face au yen, parce que là, il est au plus haut depuis presque trois ans.

La crainte, c’est l’engrenage d’une guerre des monnaies...

Exactement, le vrai sujet, ce n’est pas le niveau actuel de l’euro, c’est la direction qu’il prend. Pour soutenir la croissance, les pays n’ont plus d’argent (la case Budget est fermée), les taux d’intérêt sont au plus bas (la case politique monétaire est fermée), il reste le taux de change. La Banque du Japon a ouvert le feu, la Réserve fédérale américaine aussi. Cela s’appelle des dévaluations compétitives – contre les autres. Dans les années 30, on a connu cela, et la France était bêtement restée, la dernière, accrochée à l’étalon-or.

Bon, mais il n’y aucune solution ?

Il y en a deux. Un : la zone euro doit se mettre d’accord et convaincre le G20 d’organiser un cessez-le-feu. Il y a des réunions bientôt. Deux : Mario Draghi, patron de la BCE, qui a déjà fait des miracles, s’exprimera un jour sur le niveau de l’euro. C’est encore trop tôt. Mais le gouvernement aurait tort de chercher un bouc-émissaire à la crise.

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