La bataille entre le conseil d'administration d'Engie et la directrice générale, Isabelle Kocher, a pris un tour politique. Le plus probable reste le non-renouvellement de la DG. Ce pourrait-il être dès ce jeudi ?

Isabelle Kocher et Jean-Pierre Clamadieu
Isabelle Kocher et Jean-Pierre Clamadieu © Maxppp / Vincent Isore

Engie est un énergéticien de 160.000 salariés dans le monde, issu de la fusion entre GDF et Suez. Le tout-Paris des affaires et l’entreprise elle-même ne parlent que de cela : la guerre que se mènent le conseil d’administration, présidé par Jean-Pierre Clamadieu, et la directrice générale, Isabelle Kocher, par ailleurs seule femme à la tête d’un groupe du CAC 40. 

Depuis des mois, le conseil veut débarquer la DG (en décembre, il y a eu une tentative bloquée par Bruno Le Maire), laquelle DG se défend. Fait inhabituel, après une interview au JDD, Isabelle Kocher a été soutenue lundi matin sur LCI par Yannick Jadot, le député européen vert. Puis l’après-midi, dans Les Echos, par 50 personnalités. 

Titre de leur tribune : Kocher, "une voix indispensable pour une France leader de l’économie verte". Signatures : à droite, Xavier Bertrand, à gauche Anne Hidalgo, ailleurs, Cédric Villani, et puis Laurence Tubiana, et puis l’explorateur Bertrand Piccard, et une flopée de patrons. Il est rare -et risqué- d’en appeler à l’opinion contre son conseil et d’en appeler à l’Etat, qui détient 24% du capital.  Il est risqué aussi de chercher à avoir le soutien de personnalités de l'opposition quand on a l'Etat à son capital ! Les administrateurs d'Engie comme l'Etta ont été furieux de cette démarche.

Quel est le fond de l’affaire ? 

Isabelle Kocher incarne le virage d’Engie pour quitter le charbon, pour s’organiser autour du conseil en économies d’énergies. Bref, une industrie plus verte et une vision saluée hier par la secrétaire d’Etat Emmanuelle Wargon. 

Ses opposants rétorquent : les activités de services sont trop peu rentables, les relations avec la Belgique (où Engie possède du nucléaire) sont exécrables, le groupe s’affaiblit sur son métier historique, transporter du gaz, et il vaut peu en Bourse. 

Isabelle Kocher rétorque que ses choix vont payer un jour : capitalisme de long terme contre le court terme. Et, sans le dire, estime qu’on lui fait payer d’être une femme dans un monde de l’énergie très masculin. 

Et du coup ?  

  1. ça ne peut plus durer. L’entreprise laisse des plumes et perd du temps avec cette bagarre entre les 24ème et 36ème étage de la tour de La Défense. On se souvient qu'une guerre fratricide avait déjà opposé dans la même entreprise Gérard Mestrallet et Jean-François Cirelli - elle s'était soldé par le départ de ce dernier. 

  2. Les prises de position d’acteurs politiques dont on doute de leur connaissance exacte de l’entreprise, ces interventions sont curieuses mais à décoder : beaucoup de monde suspecte, à tort ou à raison (mais sans preuve ...) Emmanuel Macron d’être derrière ce débarquement possible, pour réorganiser le groupe avec des banques d’affaires et ces politiques flairent le parfum d’une  bonne polémique à venir et à entretenir

  3. Isabelle Kocher est une personnalité remarquable et puisque l’affaire est désormais publique, les reproches qui lui sont faits doivent, s’ils existent, être clairement et publiquement exposés.

Mais il est temps de trancher. Il ne serait pas étonnant qu'un CA extraordinaire soit convoqué dans les jours qui viennent, sans attendre la date prévue du 26 février. Dès jeudi prochain ? C'est tout à fait vraisemblable. Dans cette hypothèse, le non-renouvellement d'Isabelle Kocher à son poste paraît l'hypothèse la plus probable.

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