Le fondateur du numéro 2 mondial de la distribution et du géant du cloud quitte le poste de directeur général. Côté pile : il part au moment où Amazon est de plus en plus contesté. Côté face, il a apporté d'incroyables nouveautés au capitalisme américain.

Jeff Bezos, le PDG d'Amazon le 16 janvier 2020 à New Delhi
Jeff Bezos, le PDG d'Amazon le 16 janvier 2020 à New Delhi © Getty / Pradeep Gaur/Mint via Getty Images

Coup de tonnerre dans le capitalisme américain : Jeff Bezos, le fondateur d’Amazon, part en semi-retraite.A 57 ans, il laisse sa place de directeur général à un de ses proches, il restera président exécutif, mais il suit le parcours de Bill Gates, qui avait quitté jeune les commandes opérationnelles de Microsoft.

C’est un coup de tonnerre parce que c’est l’homme qui, en 25 ans, a créé Amazon : aujourd’hui, 2ème distributeur mondial, 1,3 million d'employés, 1.700 milliards de dollars de valeur boursière. Bezos est aussi le 2ème homme le plus riche du monde. Je m’arrête là pour les chiffres.

Alors, quand on parle de Jeff Bezos, il y a vraiment une face A et une face B

Je dis cela pour nos auditeurs qui ont connu les disques vinyles, je traduis pour les autres : il y a un côté pile et un côté face. 

Côté pile, il faut le dire, le changement à la tête d’Amazon, c’est un tour de passe-passe pour présenter l'entreprise sous un jour plus acceptable au moment où les critiques sont de plus en plus fortes. C’est la lecture des médias américains. Il y a les impôts qui ne sont pas payés. Il y a les pratiques anti-concurrentielles sur lesquelles enquêtent les régulateurs américains. Il y a les conditions de travail, les syndicats parlent de déshumanisation. Il y a tout cela. 

Mais voilà : c’est en même temps un peu court de ne voir que cela.  

Parce que, de l’autre côté, côté face ? 

Jeff Bezos a changé et change l’économie et nos modes de vie plus que personne depuis longtemps. Avec des outils comme la robotique et l’intelligence artificielle, il a mis à portée de clic ou de commande vocale la livraison à domicile de tout ce qui se produit dans le monde. Le digital va continuer à tout inonder, les consommateurs applaudissent, et Bezos lui a fait franchir des étapes essentielles. 

Si on essaie d'aller plus profondément, son aventure montre que le capitalisme américain est moins courtermiste qu’on le dit. Les actionnaires d’Amazon, comme ceux de Moderna avec son vaccin, ont accepté de perdre de l’argent, beaucoup d'argent et pendant longtemps, avant le succès.

Le succès de Bezos, c’est aussi d’avoir toujours mis le service du client en priorité absolue parce qu’avec Internet, vous passez à la concurrence avec un doigt. 

Enfin, il a accepté sans cesse de faire des paris, d’en gagner et d’en perdre, de réussir, de se tromper. 

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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