Après Jean-François Copé, c’est Manuel Valls, le député PS d’Evry, qui conteste les 35 heures. Le débat est donc de nouveau ouvert ?

Oui, et même si l’attaque vient cette fois d’un bord inattendu, ce n’est pas étonnant. La durée légale du travail est passée à 35 heures par semaine le 1er janvier 2000, il y a onze ans (une éternité), mais il n’y a pas eu un mois sans que le sujet soit d’une façon ou d’une autre sur la table. Aux yeux de beaucoup, il appartient au passé et sent déjà le jauni et la naphtaline. Et pourtant, sur le fond, il n’en est rien. Les 35 heures restent aujourd’hui encore l’illustration remarquable de notre capacité à élever des totems, puis à tourner autour sans savoir comment les bouger. Pour ériger le totem, la gauche avait dû accepter de gros compromis afin d’éviter une catastrophe économique pour les petites entreprises et la compétitivité. La droite, elle, n’a pas réussi à le renverser malgré cinq lois d’assouplissement. Résultat, la France a la réputation dans le monde entier d’être le pays où l’on travaille le moins, alors que c’est en partie faux !

Y’a-t-il au moins un minimum de consensus sur le bilan des 35 heures ?

Non ! Les experts de droite et de gauche s’étripent encore. Que peut-on quand même dire ?

Un : que contrairement à ce que disait hier curieusement Arnaud Montebourg, les 35 heures n’ont pas disparu dans les faits. Dans les grandes entreprises, les banques, les établissements publics, les administrations (sauf à l’hôpital…), pour beaucoup d’employés et de cadres, elles sont plus que jamais là, sous forme horaire ou de jours de RTT (jusqu’à 22 par an). Le fossé n’a même jamais été aussi profond entre ces grandes organisations, qui ont pu se payer les 35 heures ou les faire payer à leurs clients ou aux contribuables et les PME, les petites structures, les artisans. C’est une vraie inégalité.

Deuxième façon d’analyser les choses : les 35 heures coûtent cher à l’Etat. Entre 10 et 20 milliards d’euros par an, plus si on prend en compte la dégradation du service dans certains secteurs publics –chacun peut avoir des exemples en tête. Dans le privé, Martine Aubry a allégé les charges sociales pour que les salariés travaillent moins. Nicolas Sarkozy les a allégées encore pour qu’ils retravaillent plus et regagnent plus (la défiscalisation des heures sup). On marche sur la tête !

Et qu’en est-il de la compétitivité de l’économie ?

C’est sur ce point que le diagnostic est le plus dur à établir. L’annualisation, la modulation des horaires ont amorti le choc, à tel point que le patronat n’est pas vraiment demandeur de rouvrir des négociations très difficiles il y a dix ans. Le problème est que l’on n’écoute pas assez les PME. Le problème est aussi qu’il est difficile de ne pas voir que les courbes de compétitivité de la France et de l’Allemagne se sont écartées à ce moment. C’est bien sûr un hasard.

Le gouvernement va-t-il bouger ?

Non, parce que la seule chose qui l’intéresse maintenant est de réaliser des économies sur les allégements des entreprises. Mais il ne va pas remonter pour cela la durée légale à 39 heures ! Nicolas Sarkozy ne reparlera donc des 35 heures que pour reprocher au couple DSK-Aubry d’avoir creusé les déficits. Ledit couple dira que bien plus d’argent a été gaspillé ailleurs. Il n’est pas sûr que le vrai enjeu, celui des 35 heures sur la vie économique, intéresse grand monde.

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