Vous revenez ce matin sur ce que l’on peut désormais appeler « l’affaire SeaFrance » et le débat déclenché autour de l’avenir de la compagnie transManche.

Oui, parce qu’une question est, bizarrement, peu posée : l’entreprise, qu’elle exerce son activité sous forme de Scop, de société indépendante ou de filiale de la SNCF, a-t-elle un avenir économique ? Il est logique, normal, que les salariés se mobilisent et cherchent des appuis ; il est logique, normal, que le gouvernement se penche sur le dossier ; mais si l’on s’apercevait que l’entreprise SeaFrance n’a pas de futur dans les liaisons transManche, alors on pourrait se dire que le schéma dont on parle depuis vingt-quatre heures serait d’un cynisme absolu. Faire un chèque de jusqu’à 60.000 euros à des salariés pour qu’ils le réinvestissent dans un projet bancal, ce serait les pousser à jeter de l’argent à la mer – simplement pour montrer que l’Etat ne reste pas les bras croisés.

Alors, qu’en est-il de la viabilité économique de SeaFrance ?

Hélas, faible. Depuis dix ans, l’entreprise a presque toujours été en déficit et a déjà été souvent renflouée ; ses effectifs et le nombre de navires (4) ont été réduits. Les difficultés viennent du succès du tunnel sous la Manche et des compagnies aériennes low costs. Dans la guerre des prix qui a suivi sur l’eau, et c’est le britannique P & O qui a gagné. Cette entreprise a 50% du marché, bien plus que SeaFrance. Autre coup dur, l’arrêt du duty free ; sans oublier la cogestion entre la direction et la CFDT qui a conduit à une paix sociale chère payée. Enfin, le refus d’un accord avec le géant DFDS/Louis Deyfus a ruiné les dernières chances d’une remise à flot. La SNCF, qui veut se débarrasser de cette activité depuis vingt ans, doit pester en secret, elle qui est forcée de rester à bord.

Bon, mais alors pourquoi tant de soutiens au projet ?

Le sort des salariés touche. On est aussi en campagne électorale. Ensuite, on a du mal à accepter qu’une page se tourne, à accepter, pour faire pédant, le principe de Schumpeter de la destruction créatrice : des activités se créent, d’autres disparaissent. Comme on a appris en plus avant Noël que 900 usines ont fermé en trois ans, c’est devenu insupportable. L’idée, enfin, d’une autre organisation du capitalisme, avec la propriété d’une entreprise par ses salariés, la Scop, séduit, elle est dans l’air du temps. Voilà pour les explications.

Mais, sur le fond, on ne peut rien faire ?

Si ! Souvenez-vous : il y a dix ans, on répétait que l’industrie et les métiers traditionnels n’avaient plus leur place en France ; qu’ils étaient réservés à l’Allemagne ; la France devait se concentrer sur les services, l’Espagne et la Grèce sur le tourisme. Cette bêtise est oubliée. Pour le reste, la solution, c’est le travail, la formation, la reconversion, la qualité des produits. La plus grande difficulté est de deviner quelles sont les activités du passé et d’avenir. Un choix pas évident, forcément douloureux. Mais qui vaut mieux que de vendre des illusions.

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