Le premier séminaire gouvernemental de 2018 s’est réuni hier à l’Elysée pour fixer les priorités de l’année

Oui, et à écouter le compte-rendu qu’en a fait Edouard Philippe ensuite, on était saisi par l’effroyable difficulté de l’action publique pour qu’elle transforme le pays -c’est la promesse d’Emmanuel Macron- mais aussi voire surtout qu’elle transforme le regard des Français sur leurs gouvernants pour qu’ils les considèrent comme efficaces. En 20 minutes et 38 secondes, le premier ministre a évoqué pas moins de vingt-trois chantiers très lourds, dont dix feront l’objet d’un texte de loi dans les toutes prochaines semaines -+ donc le projet du président contre les fake news-, ce qui est énorme. 

Or, une grande partie de ces chantiers ont déjà fait, depuis quinze ans, l’objet de multiples réformes : logement, assurance-chômage, éducation, formation professionnelle, retraites, immigration, procédure pénale, Constitution – et on en passe. D’où cette impression de remonter sans cesse le Rocher de Sisyphe. D’où la difficulté à intéresser une opinion qui en a vu d’autres. 

Cette lourdeur (et c’est en partie normal) contraste avec l’action privée, tellement plus rapide et du coup plus séduisante. Un exemple : pensons à la vitesse avec laquelle Amazon s’est installé dans le paysage du commerce, affolant (c’est le mot) tout le secteur. Amazon, qui a décollé il y a moins de dix ans, a expédié l’an dernier cinq milliards de colis à ses seuls abonnés. Des centaines de millions de clients sont séduits par cette nouveauté. Cette différence est normale mais l’action politique ne part pas à armes égales.

Comment cette action politique peut-elle dès lors convaincre ?

Connaissant et la lourdeur des mécaniques et l’impression absolue de déjà vu, Emmanuel Macron essaie de réconcilier les Français avec leurs gouvernants par son style direct, par un mouvement permanent, par le fameux : je fais tout ce que j’ai promis de faire. 

Mais il ne faut pas que l’accélération finisse par donner le tournis si les résultats ne suivaient pas : Hercule se dégonflerait alors en Sisyphe. 2018 sera de ce fait déterminant parce que c’est cette année, et sans doute d’ici juin, que les Français demanderont des comptes sur des premiers résultats tangibles. Ils sont déjà visibles sur le terrain fiscal, ils restent à écrire sur le chômage et le logement, les deux sujets clés, pour démentir l’idée ancrée profondément de l’impuissance publique. Parce qu'il ne sera pas possible d'annoncer dix lois à chaque mois de janvier.

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