Vous avez écouté, bien sûr, la déclaration de politique générale de Jean-Marc Ayrault, hier à l’Assemblée.

Je l’ai scrupuleusement écoutée et j’ai pris des notes ! La première impression est que cette déclaration de politique générale était très générale et très politique. L’exercice était certainement compliqué, entre deux moments économiques forts et concrets : lundi, le rapport de la Cour des comptes et, aujourd’hui, les premières mesures fiscales du quinquennat. L’exercice était compliqué, en plus, parce que le Premier ministre avait décidé de faire un calque, un résumé, du projet de François Hollande - le projet, tout le projet, rien que le projet. Mais un résumé, c’est bien, on attendait quand même peut-être une mise en perspective ou un calendrier.

La petite musique a un peu changé, non ?

Il faudrait être sourd pour ne pas l’entendre. On se souvient de François Hollande, en meeting au Bourget, lançant : « mon ennemi, c’est la finance ». Eh bien, hier, l’ennemi, c’est devenu la dette dès le début de son discours. Il a raison : quand les intérêts représentent près de 50 milliards d’euros par an, c’est un souci J Le but de cette partie du discours était de convaincre les marchés financiers du sérieux de la politique, pour que les taux d’intérêt auxquels ils prêtent restent bas. Et c’est vrai que le jeu vaut la chandelle : depuis janvier, le Budget a économisé 700 millions d’euros grâce à la baisse des taux. Bref, Ayrault 1, c’est Fillon 3 ! Le problème est que derrière cette musique, on n’a eu aucune note, rien sur la réforme de l’Etat, juste la confirmation de hausses d’impôt. Devant les élus de la République, le Premier ministre n’a pas assumé ce qu’il a écrit jeudi dans la lettre de cadrage du budget 2013 : il faut des efforts importants y compris sur les dépenses.

A-t-on eu quand même quelques informations, Dominique ?

La principale information, c’est la révision des perspectives officielles de croissance. +0,3% cette année ; on mesure la détérioration de la conjoncture puisque l’équipe Fillon, en septembre dernier, espérait 1,75%. C’est 0,3% aujourd’hui. Hier, pour avoir une comparaison, le FMI a fait le pronostic de 1% pour l’Allemagne et de 2% pour les Etats-Unis. Ça, c’est la première information. La seconde est que la question du coût du travail, ce qu’on appelle la compétitivité coût, reste taboue. Le sujet n’est pas explicitement cité parmi les sept chantiers de la conférence sociale. On peut rappeler que lundi, la fondation de gauche Terra Nova, qui héberge des centaines de chercheurs, a plaidé pour une baisse du coût du travail.

Dernier point : le gouvernement présentera aujourd’hui les premières mesures fiscales du quinquennat. Peut-on s’attendre à des surprises ?

Si on s’y attend, ce ne sont plus des surprises ! Plus sérieusement, ceux qui suivent ces questions de près savent à peu près tout. Hier, un ministre de Bercy confiait que l’objectif était, je le cite, la correction budgétaire après la correction démocratique. C’est vrai que le paquet fiscal de cet été est surtout le contre-pied de ce qu’a fait Nicolas Sarkozy. Sur l’ISF, les successions, les heures supplémentaires. Mais pour le reste, le gouvernement a du mal à convaincre que ses mesures épargneront les classes moyennes. La suppression des exonérations de cotisations sur les heures sup’ concernera pas loin de 10 millions de foyers, et d’abord les ouvriers, les employés et les enseignants. Pour les gens touchées, ce sera une surprise sur leur feuille de salaire et d’impôt.

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