Votre journal, Les Echos , publie la première interview du nouveau président du Medef élu hier, Pierre Gattaz. Peut-on s’attendre à un changement dans l’attitude du patronat ?

Un changement de ton, cette interview en apporte la démonstration éclatante. Un changement sur le fond, c’est possible, probable, mais il est tôt pour en être sûr. S’agissant du ton, il est clair que Pierre Gattaz est – comme on dit – cash. Il ne polisse pas ses mots, ne cherche pas à être politiquement correct et énarquo-compatible. « Je ne veux pas être le spectateur passif d’une France qui se casse la figure », dit-il. Il ne dit pas : « qui se casserait la figure » ; non la France se casse la figure. Il dit : « Le Medef ne sera ni pleurnicheur, ni dans le combat de rue » ou « Il faut remettre l’entreprise au centre de tout ». C’est un changement de ton, qui va avec des propositions concrètes comme le retour de la dégressivité des allocations chômage dans le temps.

Pourquoi ce changement ?

L’homme Pierre Gattaz, c’est tout simplement l’anti-Parisot. Il n’a pas fait une des grandes écoles de la République, il dirige depuis vingt ans l’entreprise créée par son père. Radiall, qui fabrique des connecteurs électroniques, pour Airbus par exemple, est très internationale – son site Internet est en anglais. Bref, c’est un industriel qui ne navigue pas dans les cercles parisiens, qui travaille dans plus de 2.000 salariés. Un patron du CAC 40 qui l’a soutenu dit en privé : il sent l’huile, l’usine. Sentir l’huile, la formule est imagée, elle n’est pas méprisante – elle l’aurait été il y a quinze ans. Eh bien, les entreprises estiment que c’est de cela qu’elles ont besoin ; parce que la situation est grave. Le Medef s’est choisi quelqu’un de profondément légitime, qui sait de quoi il parle.

Ça, c’est le ton, et le fond ?

On entend : ce sera un patronat de combat. Mais c’est ambigu. Est-ce qu’on dit ? Une CGT de combat ; chacun défend ses intérêts et ce qu’il estime être l’intérêt général. En 1997, Ernest-Antoine Seillière a dirigé un CNPF de combat contre les 35 heures. Mais Yvon Gattaz, le père de Pierre, au CNPF entre 1981 et 1986, avait d’abord organisé une manifestation monstre contre François Mitterrand avant de nouer de se rabibocher avec lui. Je peux vous dire que Pierre Gattaz, qui va rencontrer François ... Hollande ce matin, va lui proposer de venir à l’université d’été du Medef fin août. Ce n’est pas à proprement parler une déclaration de guerre !

... mais la question est de savoir...

... de savoir quelle sera l’habileté tactique du patron du Medef. Exemple : il affirme qu’il n’est pas question d’augmenter les cotisations sociales sur les retraites. Mais si le gouvernement le décide, que fait-il ? Premier test. Et puis, ce serait une erreur de tourner le dos au vent de modernité qu’a fait souffler Laurence Parisot, bref de donner l’impression d’un patronat ringard.

Le paysage social est en tous cas très renouvelé.

Un tel renouvellement simultané ne s’est jamais produit. Laurent Berger (CFDT) est là depuis 200 jours, Thierry Lepaon (CGT) depuis 100 et Gattaz depuis un. En face de François Hollande, là depuis 14 mois, ce sont des jeunots !

Les liens

Le blog de Dominique Seux

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.