Le Canard Enchaîné l’a affirmé hier : Raymond Barre a eu un compte en Suisse. C’est comme si on apprenait que Nicolas Hulot collectionne des énormes 4X4 dans un garage secret ou que Thomas Pesquet n’est jamais allé en vrai dans l’espace dont il parle si bien : trahisons.

Raymond Barre (avril 1977)
Raymond Barre (avril 1977) © Getty / James Andanson

Oui et il faudrait sans doute penser à la mise en place rapide d’une cellule d’aide psychologique pour une partie des Français (enfin ceux à qui le nom de Raymond Barre dit quelque chose), cette partie des Français qui sont tombés de leur chaise en l’apprenant. 

En 2013, un informateur a envoyé à Bercy une capture d’écran d’un compte dans une banque suisse signalant un crédit de 7 millions d’euros au nom de l’ancien Premier ministre. Avoir un compte à l'étranger n'est absolument pas illégal, mais les avoirs doivent être déclarés et ils ne l'étaient pas. Depuis, la situation a été régularisée, un million d’euros ont été versés au fisc français par ses enfants, mais on reste coi. François Fillon, Jérôme Cahuzac, Raymond Barre : on se dit que la rigueur (la rigueur morale j’entends), ce sont ceux qui en parlent le plus qui la pratiqueraient le moins. 

Dans le cas de Barre, c’est comme si on apprenait que Nicolas Hulot collectionne des énormes 4X4 dans un garage secret ou que Thomas Pesquet n’est jamais allé en vrai dans l’espace dont il parle si bien : trahisons. 

Alors, Raymond Barre, pour nos nombreux auditeurs qui ont moins de 45 ans, a été Premier ministre entre 1976 et 1981 puis candidat malheureux à la présidentielle de 1988 et enfin maire de Lyon jusqu’en 2001.  Séquence nostalgie : Il est le dernier chef de gouvernement à avoir présenté un budget de l’État en équilibre, sans déficit. 

A partir de là, il y a deux questions

  1. D’où venait l’argent ? À ce stade, on n’en sait rien. S’agit-il des fonds secrets de Matignon, versés à l’époque en liquide - c’est ce qui se dit le plus ? S’agit-il de ses revenus tout à fait légaux après une carrière entière et de très haut niveau, voire un héritage venue de La Réunion ? A-t-il transféré l’argent en Suisse en 1981, quand la gauche est arrivée au pouvoir ? Cela s’est beaucoup fait au moment où l’IGF a été créé et où Mitterrand a établi un taux maximal d’impôt sur le revenu jusqu’à 90 %. 

  2. Serait-ce encore possible aujourd’hui pour un responsable politiquer de premier plan ? Non. Les fonds secrets logés dans les coffres des ministères ont disparu depuis que Lionel Jospin et un accord signé à Berlin en 2014, qui concerne aujourd’hui une centaine de pays, a mis en place des échanges automatiques ou sur demande d’informations entre les fiscs nationaux. La peur du gendarme joue incontestablement.  

Coïncidence, Bercy a lancé hier sa police fiscale.  On ne dira pas qu’elle a pêché Barre dans ses filets pour s’ouvrir l’appétit. Mais la création d’une équipe spécialisée d’officiers fiscaux judiciaires dotée de grands moyens d’enquête est une nouveauté dans le paysage français, c’est le ministère de l’Intérieur qui avait la main jusqu’à maintenant. 

Espérons que cela ne déclenchera pas une guerre des polices mais une saine émulation. Cela étant, bien sûr, ces bisbilles administratives n’intéressent, comme le disait Raymond Barre, que le microcosme.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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