L'édito éco de Dominique Seux, du journal « Les Echos ». __ Les syndicats se retrouvent ce soir pour décider de la prochaine étape après le 1er mai. Et ce qui est intéressant, c'est qu'ils ont, comme tous les acteurs sociaux, un problème de gestion du temps dans cette crise loin d'être finie. Normalement, quand le pouvoir et les syndicats s'opposent, c'est sur un projet. La mobilisation s'achève quand la réforme passe ou quand le gouvernement recule. L'échéance est claire et nette. Cette fois, la crise n'a pas d'échéance et cela change tout. Alors là, les syndicats doivent décider de la forme de leur action : on sait que FO et Sud souhaitent une grève, que les autres préfèrent des défilés. Mais ils doivent surtout choisir un calendrier. Ils pourraient retenir une première mobilisation fin mai, une autre fin juin. La priorité est de préserver leur unité. Pourquoi ? L'unité est, espèrent-ils, une assurance-vie face à l'extrême-gauche qui veut radicaliser les mouvements dès maintenant. C'est un pari responsable, honorable, mais c'est un pari. Nicolas Sarkozy et le gouvernement ont, eux aussi, un problème de gestion du temps. Le chef de l'Etat ne veut pas lâcher trop de lest : il sait qu'il faudra le faire après l'été si des signes d'éclaircie ne viennent pas. L'idée, annoncée samedi, de revoir les syndicats seulement fin juin est une ficelle un peu grosse, mais la stratégie est celle-là : ne pas annoncer tous les trois jours un nouveau plan coûteux. Mais le problème de temps vient surtout du fait que les mesures de soutien à l'activité entrent lentement en vigueur. Lundi dernier, François Fillon indiquait que sur les 26 milliards d'euros du plan de relance de décembre, 6 milliards ont été engagés - et cela ne veut pas dire dépensés. Autre exemple : début février, l'Etat avait annoncé un prêt d'urgence de 6 milliards à Renault et PSA. C'est seulement vendredi dernier que l'argent a été viré sur leurs comptes. On ne peut sans doute pas faire plus vite, mais la crise est plus rapide que la contre-offensive. Le temps joue-t-il en faveur du pouvoir ou des syndicats ? Difficile à savoir ! Cela dépend du climat social et de la durée de la crise. En tous cas, Nicolas Sarkozy a un objectif : éviter que les mécontentements « coagulent ». Le 1er mai a été certes un succès mitigé pour les syndicats. Mais après les chercheurs, les médecins, les agents d'EDF, ce sont les prisons qui engagent un blocage aujourd'hui. Et les troubles ne sont pas terminés dans les universités. Du coup, le chef de l'Etat a mis la pédale douce sur l'hôpital. Cette « coagulation » est-elle possible ? Non, disent la quasi-totalité des experts. Louis Maurin, chercheur à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, a une explication. Pour lui, les plus radicaux sont des salariés du secteur public qui veulent protéger leur statut parce qu'ils ont été embauchés après la crise de 1993 en acceptant une certaine déqualification en échange de la protection d'un statut. Leur situation est très différente de celle des ouvriers qui perdent leur emploi. Et ça, le temps n'y changera rien.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.