L’Insee publie ce matin une grosse étude sur l’évolution récente des salaires et de l’emploi. Des surprises ?

Ou plutôt quelques idées reçues qui sont bousculées. Vous connaissez les formules qui font sourire quand on veut se moquer des statisticiens. « La statistique a été inventée pour montrer que l’astrologie est une science sérieuse » ; ou celle prêtée à Churchill « Il existe trois sortes de mensonges : le petit mensonge, le gros mensonge et la statistique ». Et pourtant, il faut souvent revenir aux chiffres pour vérifier si les impressions, les ressentis, correspondent à la réalité. C’est ce que fait l’Insee dans cette édition 2011 de son étude annuelle sur l’emploi et les salaires, étude de 200 pages. Que dit-elle ? Elle ne raconte pas que tout va bien, mais sur ces deux sujets, elle indique en filigrane que la période actuelle n’est pas l’horreur économique que l’on décrit souvent. Bien évidemment, c’est une analyse statistique qu’il faut scrupuleusement valider.

Que dit donc, d’abord, l’Insee sur l’emploi ? La première chose est une confirmation. La crise a été violente sur l’emploi, mais l’Insee reste encore aujourd’hui assez stupéfait que le chômage n’ait pas flambé plus qu’il ne l’a fait. L’explication est que les entreprises ont finalement agi (pourrait-on dire) « à l’allemande », en utilisant le maximum de flexibilités possibles avant de se séparer de leurs salariés : chômage et temps partiels, arrêt des heures supplémentaires etc. Le second élément sur l’emploi va davantage surprendre encore. Contrairement à une idée reçue, la précarité ne progresse plus. Depuis 2000 et jusqu’à la crise (les données s’arrêtent là), la part des CDD est restée la même, à 9%, des contrats de travail ; l’intérim en représente 2%. Même constat pour le temps partiel. Dans les années 90, çà monte, dans les années 2000, çà ne bouge plus. En fait, les jeunes débutent avec un contrat court, mais ils finissent quand même par se transformer. C’est un élément rassurant.

Et maintenant, les informations sur les salaires ? Une autre idée reçue s’effiloche, mais, là, elle mérite, elle, d’être discutée. L’étude de l’Insee montre que les salaires se sont bien tenus pendant la crise. Le salaire moyen par tête (salaire de base, primes et heures sup), a stagné en 2008 mais a gagné 1,2% en 2009 et encore 1,2% en 2010, en euros constants, c’est-à-dire hors hausse des prix. Tant mieux. Alors, la nuance maintenant : ces chiffres sont des moyennes, ils peuvent recouvrir des situations très différentes, des inégalités selon les niveaux de revenus par exemple. On sait que les très hauts revenus grimpent très vite depuis quelques années. Et 2011, selon l’Insee, ne s’annonce pas brillante parce que l’inflation accélère.

Les conclusions de tout cela ? Le pouvoir d’achat, contrairement à ce qu’on pense, a résisté pendant la crise. L’écart entre le ressenti économique et la vérité des chiffres est un classique. Ceux d’aujourd’hui seront digérés, disséqués et discutés. Et tant mieux : à chaque fois, cela pousse l’Insee à affiner ses analyses – et de remarquables progrès ont été faits. Il serait de toute façon injuste de toujours incriminer les économistes. Car leurs résultats peuvent aussi confirmer nos intuitions. Un exemple (dit avec le sourire) ? Une étude remise à Matignon hier conclut très savamment à l’existence d’une bulle sur les prix de l’immobilier. C’est fou, non !

L'équipe

Mots-clés :
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.