Emmanuel Macron menace de légiférer sur l’affaire de la rémunération de Carlos Ghosn.

Passons rapidement sur le fait que le ministre de l’Economie est ministre depuis bientôt deux ans, qu’il était auparavant à l’Elysée et donc qu’il ne peut pas vraiment dire, quatre ans après 2012, qu’il découvre le sujet. Ou sur le fait que son intervention d’hier était très calculée, pour corriger son positionnement politique. Ni à droite ni à gauche, parfois cela veut un coup à droite, un coup à gauche ! Bref. Mais l’essentiel est ailleurs, et l’essentiel est que Macron met sur le doigt sur un problème réel, problème d’ailleurs qui (je cite) gêne Pierre Gattaz, du Medef – en clair le choque. Ce problème, c’est que le conseil d’administration de Renault s’est littéralement assis sur le vote négatif exprimé par l’assemblée générale des actionnaires sur la rémunération de Carlos Ghosn. Un vote en ce sens est rarissime et le conseil d’administration s’est réuni quelques minutes après pour ne pas en tenir compte. Formellement, certes, ce vote est consultatif (c'est le say on pay), mais ce qui s’est passé est la preuve que le conseil ne représente pas les actionnaires alors qu'il le devrait et que l’auto-régulation n’a pas fonctionné.

Et sur le fond ?

Personne ne conteste les succès de Carlos Ghosn. Le chiffre d’affaires de Renault a grimpé de 10% l’an dernier. Avec Nissan, il dirige 430.000 salariés et le troisième ou quatrième groupe auto mondial. Mais une rémunération totale de 15 millions d’euros (dont certes une partie en actions, i.e incertaine) ne peut être comprise, est incompréhensible. Et même si ses concurrents sont mieux payés – et même si personne n’est capable de dire à partir quelle est la limite. La nouveauté, c’est que le nombre de personnes qui jugent cela incompréhensible grimpe d’année en année partout, il suffit de voir le résultat des élections. A partir de là, il y a deux hypothèses. Il y a ceux qui de toute façon refusent l’économie de marché et veulent un autre système (mais lequel ?) et que l’Etat légifère (mais pour faire quoi ?). Et il y a ceux –et j’en suis depuis toujours à ce micro- qui pensent que c'est justement parce que l’économie de marché reste le système le plus efficace que ses excès doivent être corrigés d’urgence. Conclusion : le conseil d’administration doit revoir sa position et avaler son chapeau.

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