Une question simple ce matin : quel rôle joue l’économie dans l’affaire qui oppose la Russie à l’Ukraine et intéresse de près les Occidentaux ?

Je vais surprendre : on peut envisager que cette question n’ait aucun sens ! Et se persuader que la politique, les crises diplomatiques et – à la fin des fins – la paix ou la guerre, tout cela n’a rien à voir avec l’économie ou au minimum n’a pas de rapport immédiat avec l’économie. Qu’il s’agit simplement de politique de puissance. Mais voilà, on peut penser aussi l’inverse : il y a une relation intime entre économie et politique. En Chine, seule la prospérité croissante des classes moyennes permet au pouvoir de Pékin de maintenir sa dictature politique ; alors qu’en Russie, c’est la médiocrité économique qui pousse le pouvoir à vendre à son opinion, pour se maintenir, la résurrection des attributs de la puissance de feu l’URSS. Au-delà, la crise ukrainienne pose trois questions.Question numéro un : l’économie peut-elle infléchir Poutine ? La question économique ne se posait pas à Prague en 1968, ou en 1979 en Afghanistan. Hier, il s’est passé quelque chose de nouveau qui devrait logiquement convaincre Poutine de ne pas prendre trop de risques. La Bourse de Moscou s’est effondré de plus de 10% en une journée, le rouble a reculé et des capitaux fuient la Russie. A la seconde, elle affiche un rebond de 4% mais concrètement, les investisseurs russes ont perdu en quelques heures plus de 40 milliards d’euros, plus que ce qu’ont coûté les JO de Sotchi. Oligarques ou pas, personne ne peut y être indifférent. Au-delà, l’économie est sur la corde raide. La croissance a été à peine supérieure à 1% l’an dernier, trois fois moins que l’année précédente. Rationnellement, Poutine devrait donc y aller prudemment.

Question 2 : qui tient qui, quand on parle de sanctions ? L’Occident ou la Russie ? Au regard de l’état de l’économie russe, Vladimir Poutine ne peut pas prendre le risque d’une rupture avec les Etats-Unis et l’Europe qui lui achètent son gaz et son pétrole, lesquels constituent 70% de ses recettes d’exportations. Mais l’Europe, elle, ne peut pas se passer du gaz russe qui assure 30% de sa consommation. Je te tiens, tu me tiens par la barbichette. Rien de nouveau depuis que le commerce existe. Mais là où l’Occident a un levier de chantage, ce sont les investissements en Russie ; les freiner, c’est assécher Moscou ; on l’a vu en Iran. Poutine joue sa crédibilité, voilà l’arme de l’Ouest. Même si on sait que les affaires n’ont ni cœur ni mémoire...Alors, cette arme sera-t-elle utilisée réellement ? C’est la troisième question : jusqu’où vont les intérêts vitaux de l’Europe aux yeux des Européens ? Au-delà des gesticulations et du refus légitime des coups de force, les peuples Européens considèrent-ils que l’Ukraine fait partie de leur continent ? Il le faudrait sans doute mais Sébastopol, en Crimée, est à 3.100 kms de Paris, plus qu’entre New York et Los Angeles. Autrement dit, jusqu’où va l’Europe de l’Est ? Une partie des Européens ont déjà du mal à se voir le même destin que la Bulgarie ou la Roumanie ; comment voient-ils l’Ukraine ? Sur le plan économique, puisque cette question sera légitimement aussi sur la table, comment, au-delà des effets de manche, aider l’Ukraine et Sébastopol quand on voit où en sont Athènes et Lisbonne ? Conclusion froide et regrettable sans doute mais c’est une question à se poser.

► ► ► POUR ALLER + LOIN |

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