Manuel Valls a présenté hier son plan contre la pauvreté et notamment l’extension aux jeunes de 18 à 25 ans de la nouvelle prime d’activité. Une bonne idée ?

Oui, une bonne idée. Il y avait jusqu’à maintenant un trou noir, un angle mort, dans la politique d’aide à la prise ou à la reprise d’un travail : ce sont les jeunes. Ils avaient certes droit à la prime pour l’emploi mais elle était tellement illisible que cela était peu connu. La fusion de la PPE et du RSA dit activité en une prime d’activité (c’est le nouveau nom) est une bonne initiative d’un point de vue général parce que les deux prestations cumulaient beaucoup de défauts. L’ouverture aux 18-25 ans de ce dispositif (cela représentera de quelques dizaines à une centaine d’euros par mois pour un célibataire), (cette ouverture) est la contrepartie des conditions actuelles de l’accès au marché du travail pour les jeunes peu qualifiés. Conditions qui ne sont pas -c’est le moins que l’on puisse dire- à l’honneur de notre société. Temps partiels, CDD, périodes d’essai à rallonge, salaires d’embauche qui ne permettent pas de se loger dans les grandes villes : un coup de pouce est logique et légitime. Que des jeunes salariés soient obligés d’habiter chez leurs parents est anormal.

On a entendu des voix de droite dénoncer cette extension qui encouragerait l’assistanat.

Ces voix ont mal entendu ! Ce n’est pas le RSA de base -l’ancien RMI-, l’aide sociale accordée juste en fonction des ressources, qui sera désormais ouvert aux moins de 25 ans. Là, pas de changement. Seuls les jeunes qui travaillent y auront droit. A vrai dire, c’est un débat ancien. Une partie de la gauche a longtemps été sévère aussi sur ce type de mécanisme de prestation sociale, parce qu’il encouragerait les entreprises à maintenir des salaires bas. Peut-être. Mais le gouvernement et des gens comme Louis Gallois et François Soulage, le président du réseau Alerte, raisonnent de façon plus réaliste : aidons les jeunes à prendre des boulots même pas bien payés parce que dans la situation actuelle c’est ce que l’on a. Entre 700.000 et un million de jeunes seront concernés.

Après, il reste la question du champ d’application...

Et c’est cela qui a fait l’objet de discussions intenses ces derniers jours. Les jeunes travailleurs ? C’est donc oui. Et les apprentis, qui cumulent études et travail ? C’est très probable. Et alors les étudiants, qui paient leurs études avec des petits jobs ? Najat Vallaud-Belkacem pousse à fond pour que cela soit oui. Matignon dit plutôt non, à la fois parce que cela coûterait cher (cela rajouterait 500.000 jeunes) et que donner une aide sociale à quelqu’un qui fait une après-midi de centre aéré ou une journée dans un fast-food ne se justifie pas et rebonjour l’usine à gaz. Surtout que les étudiants ont déjà une allocation logement généreuse. Mais il y aura des amendements au Parlement et cela bougera.

Au final, donc, une bonne idée ?

A une condition : que tout se fasse à enveloppe constante et qu’on arrête le saupoudrage en direction de populations qui n’en ont pas besoin.

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