Bruxelles laisse chaque capitale faire ce qu'elle veut pour soutenir l'activité jusqu'à la fin 2022. On peut oublier les critères de Maastricht pour l'avenir : ils ne reviendront pas. La France se frotte les mains.

Ce tournant peut être résumé en deux images : pour les Etats, c’est open bar sur les dépenses publiques jusqu’à la fin 2022 ; et l’année prochaine, un nouveau règlement européen de copropriété enterrera les fameux critères de Maastricht : les fameux maximum de 3% de déficit et 60% de dette en pourcentage du PIB. 

Bon, reprenons. Un : à cause de la pandémie, Bruxelles a suspendu la rigueur, non seulement en 2020 et 2021 mais donc aussi en 2022. L’idée : ne pas refaire la même erreur qu’après la crise de 2008, quand les vis avaient été resserrées trop vite, cassant la reprise. Même s’il faut rappeler qu’à l’époque, les vis n’avaient pas été resserrées par pur sadisme mais parce que la zone euro menaçait d’exploser. Bonne nouvelle : cette fois-ci, les taux d’intérêt riquiqui permettent de faire autrement. Concrètement, personne ne tapera sur les doigts de la France si le chéquier reste ouvert. 

Par ailleurs, deux, chacun a compris que le critère d’un plafond de dette à 60% du PIB n’a plus de sens puisque beaucoup de pays (surtout au Sud de l'Europe) dépasse 100%. Beaucoup d’Etats voudraient en profiter pour se débarrasser aussi des 3% de déficit, qui n'a pas de sens économique : pour l’anecdote, ces 3% avaient été inventés pour François Mitterrand en 1982, quand le déficit de l’Etat avait franchi le seuil des 100 milliards de … francs ; à la télévision, cela faisait moins peur de parler en % qu’en milliards. Bien joué. 

Dans une interview aux Echos ce matin, Clément Beaune, très proche d'Emmanuel Macron, propose aux Allemands de travailler sur tout cela début 2022, quand Paris présidera l’Europe. Politiquement, c’est malin : la France sera à la manœuvre juste avant la présidentielle ; économiquement, l’open bar donne de l’air budgétaire. 

Et sur le fond ? Sur le fond, le keynésianisme va et peut triompher tant qu’il est possible sans poser de problème, surtout avec le financement de la lutte contre le réchauffement climatique. Mais il faut le dire aussi, la France avance avec ses gros sabots, elle est championne du monde et depuis longtemps, pour trouver les justifications intellectuelles les plus formidables pour dépenser plus. 

Encre plus fort, Paris espère même convaincre les Français qu’il n’y aura plus jamais de hausse d’impôt pour régler les dettes : les taxes sur les géants du numérique et aux frontières européennes y pourvoiront. 

On verra ce qu’en pensera le successeur d’Angela Merkel. Ce n'est pas un détail : parce que pour changer le règlement de copropriété, il faut sinon l’unanimité du moins une bonne majorité.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
Thèmes associés