**Le tumulte qui secoue ces derniers jours la majorité est plutôt instructif sur le bilan de Nicolas Sarkozy à mi-mandat.Ces bagarres sur le grand emprunt, les impôts des sportifs ou la taxe professionnelle montrent les débats ou les difficultés, comme on veut, de la majorité. Mais elles illustrent aussi jusqu’à la caricature ce qui fait l’acquis et le passif du chef de l’Etat à mi-mandat, cap franchi cette semaine. Et en matière économique, on pourrait subjectivement résumer ce bilan en notant en rouge sur la copie : fait des gros efforts pour préparer l’avenir mais dans un grand désordre. Il y a en réalité deux manières de voir ces deux ans et demi. La première, convenue, est de décrire un film. Celui du passage, à cause de la crise, d’un Nicolas Sarkozy libéral à un autre, étatiste ; le film d’un président qui en 2007 voulait rompre avec les failles du modèle social français et qui en 2008-2009, pour éviter la faillite, s’est appuyé sur ce modèle; celui d’un président passé du rapport Attali au FSI, le fonds d’intervention de l’Etat dans les entreprises privées. Au générique, le résultat n’est pas indécent : la récession est deux fois moins forte en France qu’en Allemagne, en Italie ou en Grande-Bretagne. Les déficits publics sont énormes, mais le mauvais élève n’est plus seul. Voilà pour le film. Il y a une autre façon de voir les choses ?Oui, regarder la photographie de ce qui restera, de l’héritage pour l’avenir. C’est plus basique et plus compliqué parce qu’il y a beaucoup de choses sur la table. En matière économique, il y a deux grands marqueurs : le bouclier fiscal et la baisse du nombre de fonctionnaires. Mais aussi, en vrac, la réforme de la représentativité syndicale, le statut de l’auto-entrepreneur, le RSA, la taxe carbone, la refonte des cartes militaire, judiciaire et hospitalière, la fusion ANPE-Assedic, l’évolution de La Poste, les régimes spéciaux de retraite, le service minimum dans les transports, la réforme des universités et j’en oublie. A chaque fois, que l’on soit d’accord ou pas, ce sont des réformes lourdes en l’air depuis longtemps. Mais, et c’est le grand paradoxe, les Français ont du mal à citer LA grande réforme qui marque les esprits. Pourquoi ?Certaines réformes, un, se sont arrêtées à mi-course. Ensuite, en deux ans, la crise et le chômage ont tout balayé, par exemple sur la revalorisation du travail et du pouvoir d’achat. Enfin et surtout parce que, et on revient à la méthode, il y a une impression de désordre, comme actuellement. Trop éloignée du populaire Grenelle de l’environnement, la taxe carbone a épuisé même ses supporters. Débattu au moment où le sujet de la dette redevient primordial, le grand emprunt arrive tard. A peine la réforme des retraites de 2008 entre-t-elle en vigueur qu’une autre est prévue en 2010. Le scénario ou le tableau d’ensemble manque. Quels défis pour la fin de mandat ?Il y en a trois. Sur les réformes, que l’intendance suive, c’est l’organisation du pouvoir qui est en jeu. Sur l’économie, que la reprise ne fasse pas pschitt et que le chômage ne passe pas la barre symbolique des 10% de la population active. Sur le social, la vraie difficulté d’ici 2012 sera la situation catastrophique de la sécurité sociale. Pour se rassurer, Nicolas Sarkozy peut toutefois regarder du côté des Etats-Unis : c’est au bout d’un an seulement que Barack Obama est à la peine pour passer ses réformes.**

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