Le Président chinois Hu Jintao arrive aujourd’hui à Paris. Une moisson record de contrats est promise. Evidemment, c’est une bonne nouvelle ?

Naturellement, mais à une condition : de bien remettre ces grands contrats dans leur contexte et de voir qu’ils ne résument à eux seuls les échanges économiques entre la France et la Chine. Dans ce domaine, il y a trois choses différentes : ces grands contrats « politiques », les échanges courants et, enfin, l’installation d’entreprises françaises là-bas, en Chine. A insister sur les contrats, on néglige les autres aspects pas forcément aussi réjouissants. Au cours de cette visite, Nicolas Sarkozy et Hu Jintao vont donc signer –a priori- des accords qui permettront à Areva de fournir 20 000 tonnes d’uranium à Pékin sur dix ans et de poursuivre la construction de centrales nucléaires. On parle de la commande, au profit d’Airbus, d’une dizaine d’A350, d’A330 et d’A320. Total devrait également signer une lettre d’intention pour apporter ses technologies sur une utilisation « propre » du charbon. Enfin, un accord entre l’assureur Axa et une très grande banque chinoise est prévue. Voilà pour les contrats.

Mais donc, il convient aussi de regarder les autres dimensions de la relation économique franco-chinoise. Prenons la totalité des échanges entre les deux pays. Le déficit français a littéralement explosé. Il y a dix ans, il était de 4 milliards d’euros. Sur les douze derniers mois, il dépasse 21 milliards, c’est notre premier déficit commercial. Nous importons plus que biens de Chine que des Etats-Unis ! Bien sûr, on dira que les prises électriques de Schneider fabriquées là-bas sont un peu «tricolores». Mais c’est un déficit historique au moment où on voit que la Chine monter en gamme sur tous les produits, et pas seulement sur les TGV qu’elle vend désormais à l’extérieur et les avions de ligne proches de l’A320 qu’elle vendra demain. Si on regarde maintenant la présence française dans l’Empire du Milieu, c’est vrai, elle progresse rapidement grâce aux efforts des entreprises. Mais, pour ne prendre qu’un seul exemple, PSA n’a pas encore rencontré les succès de Volkswagen ou de General Motors, qui tous deux vendent plus de voitures en Chine que dans leur pays.

Des échanges déséquilibrés, des transferts de technologie et des entreprises qui préfèrent se développer en Chine qu’ici, en France : le tableau n’est pas rose ! Dire les choses comme cela, c’est aller dans le sens du « China bashing » (du dénigrement systématique) qui est à la mode et qui fleure bon le protectionnisme ! C’est vrai que les Occidentaux sont tellement désireux d’aller en Chine qu’ils ferment les yeux, en matière d’économie, sur la façon dont les Chinois faussent le jeu, en instituant des barrières à l’entrée chez eux, en copiant, en maintenant une monnaie artificiellement sous-évaluée. Mais ces Occidentaux n’ont en réalité qu’à s’en prendre à eux-mêmes : Washington aurait plus de moyens de pressions si la Chine n’était pas son banquier, l’Europe se ferait plus respecter si elle n’était pas désunie et pusillanime face à Pékin. La France, quant à elle, peut regarder la façon dont les Allemands préservent leurs intérêts : leur déficit avec la Chine diminue.Pour le reste, il serait suicidaire de rester à l’écart de ce qui est en train de devenir le premier marché au monde.

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