Les Bretons ont manifesté samedi à Quimper contre les impôts et leurs difficultés. Ils sont pourtant pris dans leurs propres contradictions.

Tout le week-end, on a beaucoup parlé du volailler Tilly-Sabco, qui a annoncé l’arrêt de sa production de poulets pour l’exportation, mettant en péril plusieurs centaines d’emplois. Le patron de l’entreprise et des salariés ont défilé cote-à-cote samedi à Quimper. Qu’il y ait un problème d’impôts et de charges excessifs en France, c’est une évidence. Mais ce cas précis est peut-être exemplaire aussi de certaines activités à bout de souffle qui n’ont pas su, en Bretagne ou ailleurs, s’adapter à une nouvelle donne. Disons d’abord que cette entreprise ne peut pas dire que le ciel lui est tombé sur la tête. Cela fait huit ans que le sujet est dans l’air. Une plongée, comme je l’ai fait hier, dans les archives de l’intéressante lettre spécialisée AgraPresse suffit à s’en persuader.Où est la contradiction ? Cette société, Tilly-Sabco, reçoit depuis des années ce qu’on appelle des restitutions, une aide européenne pour exporter des poulets vers le Moyen-Orient. Vingt millions d’euros en 2012, et bien plus avant. Si on fait un calcul rapide, pour 2012 seulement cela représente environ 60.000 euros pour chaque salarié, et si l’on prend en compte l’ensemble des sous-traitants encore 20.000 euros. Franchement, il est difficile de crier son ras-le-bol fiscal et en même temps protester contre la suppression, prévue par Bruxelles, d’aides financées par ... l’impôt ! Ce système d’aide dans la filière volaille ne concerne plus que deux entreprises en Europe, Doux et Tilly-Sabco, pour un coût qui a approché les 100 millions d’euros.C’est le seul moyen de lutter contre la concurrence brésilienne, disent les industriels. La question est de savoir si l’on a raison d’être présent sur des marchés de base comme le petit poulet congelé où le prix est le facteur essentiel. Tilly exporte la totalité de sa production vers le Moyen-Orient. Or, on ne pourra jamais lutter totalement contre les Brésiliens ou les Thaïlandais, leurs coûts salariaux et leurs dévaluations compétitives. Et il ne peut être question d’augmenter les subventions à l’infini. Ne vaut-il mieux exporter des poulets de haute qualité, labellisés, voire avec indication géographique ? C’est valable pour les porcs, les bovins et le lait.Et, il y a un second problème spécifique ? Le vrai problème, ce ne sont pas les exportations de poulets, mais les importations. Car il y a vingt ans, la France importait 10% de sa consommation et était champion européen, aujourd’hui c’est 40%. Que s’est-il passé ? Des concurrents internationaux ont mieux répondu à la demande massive de morceaux de poulets découpés pour la restauration collective ou l’industrie. Les Français se sont laissés marginalisés par erreur stratégique. La priorité, avant l’export, devrait être de reconquérir le marché national.Quelle conclusion générale tirez-vous ? Un : que les flottements on les voit au gouvernement mais aussi chez les industriels. Deux : Qu’on a toujours intérêt à creuser dans les entrailles d’une information, c’est passionnant et plein de surprises.

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