L'absence de déferlante bleue (Démocrate) au petit matin montre que les Américains n'ont pas voulu sanctionner le président sortant pour la gestion de la pandémie et la récession le plus importante depuis les années 30.

"Sans pandémie, Trump aurait sans doute déjà écrasé Biden" estime Dominique Seux
"Sans pandémie, Trump aurait sans doute déjà écrasé Biden" estime Dominique Seux © AFP / Jim Watson

A l'heure qu'il est (7 heures 45), l'issue de l'élection aux Etats-Unis qui oppose le démocrate Joe Biden au président sortant, républicain, Donald Trump, reste incertaine. Mais des premiers éléments d'analyse économique peuvent déjà être établis.

La situation économique actuelle n’a pas joué un rôle clé dans ce scrutin, le scrutin le plus scruté au monde. Et l’économie n’a pas non plus départagé de façon nette les deux candidats, Joe Biden et Donald Trump. 

C’est impressionnant : les Etats-Unis connaissent cette année, à cause du virus, la récession la plus importante de leur histoire depuis les années 1930, plus forte qu’en 2008-2009, mais il n’y a pas un raz-de-marée pour chasser le sortant de la Maison-Blanche. L’économie recule en moyenne annuelle de plus de 4%, le taux de chômage, au printemps était proche de 15%, mais ce n’est pas cela qui pèse lourd dans la balance. 

Il y a une vieille formule qui date du début des années 1990, au moment de l’élection de Bill Clinton, dont les proches avaient expliqué la victoire face à Bush père par la situation et les promesses économiques : "It’s the economy, stupid !" Et bien, là, non. 

Pourquoi ? A mon avis, pour quatre raisons. 

  1. Un : les Américains ont confiance dans la capacité de leur pays à rebondir, et d’ailleurs le taux de chômage a déjà été divisé par deux depuis le printemps. 
  2. Deux : tout le monde a compris, aux Etats-Unis comme en Europe, qu’il y a de l’argent magique sous le tapis, celui des banques centrales et des déficits budgétaires. 
  3. Trois, Wall Street va bien, Wall Street a grimpé de 50% sous le mandat actuel, et on sait peu en France que plus de la moitié des Américains détiennent des actions. 
  4. Enfin, quatrième point, et c’est de loin l’essentiel, ce coude-à-coude Trump-Biden montre que les clés du scrutin ont été ailleurs – pas plus sur la gestion du virus et les 230 000 morts d’ailleurs que sur la sdituation économique en ce moment : en fait, le trumpisme est toujours debout, le ressentiment entre communautés reste béant, l’homme fort reste attirant et beaucoup d'Américains estiment apparemment que Donald Trump a respecté ses promesses et que son bilan jusqu'au Covid était bon.

Pensez-y : sans pandémie, Trump aurait sans doute déjà écrasé Biden ! 

Quel que soit le résultat final, c’est une leçon ?

Non. Bien sûr, l’analyse du pourquoi et du comment compte et on se doute qu’il y a un parti en France, le RN, qui jubilerait si Trump gagnait. Mais le monde entier n’a qu’un souci en tête, savoir si l’homme qui dirige depuis quatre ans la première puissance mondiale de façon si imprévisible et chaotique, si cet homme va rester ou quitter le Bureau Ovale.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter