Ce matin, ce n’est pas si fréquent, vous parlez d’une entreprise en particulier : Ikéa, qui vient de publier, pour la première fois, ses résultats.

Ces résultats ne sont pas seulement intéressants parce que tout le monde connaît cette marque suédoise – que ceux qui n’ont jamais monté une bibliothèque Billy lèvent le doigt ! Ils méritent d’être commentés parce qu’ils révèlent des surprises et parce que le succès d’Ikéa montre que l’on peut vendre, dans les pays développés, des produits à bas prix qui ne viennent pas obligatoirement de Chine, d’Inde ou du Brésil. Ikéa est une entreprise familiale, non obligée de publier ses comptes, mais qui vient de décider de le faire.

Qu’apprend-on ?

D’abord que la société se porte très bien, que son chiffre d’affaires a encore augmenté, sur l’exercice clos le 31 août, de plus de 7%. Ensuite et surtout que ses bénéfices sont considérables – et çà c’était un secret. Pour l’exercice 2008-2009, ces profits (les derniers connus) s’élèvent à 2,5 milliards d’euros. Cela veut dire une rentabilité de plus de 11% ! Comment s’explique ce niveau de profits ? Ikéa est une entreprise qui, avec 280 magasins, est présente dans 26 pays et emploie 130 000 salariés. Le modèle d’Ikéa a quatre particularités :

1 – Les meubles, extrêmement simples, sont suffisamment peu chers pour que les jeunes couples (et les autres) aient envie d’en changer à chaque fois qu’ils déménagent ou s’agrandissent. Le catalogue est davantage diffusé que la Bible !

2 – Une organisation fondée sur des relations de longue durée avec des fournisseurs qui sont pour les deux tiers en Europe.

3 – Les magasins sont un lieu de passage familial, une sorte de temple païen.

Mais (4) la clé des prix bas et des marges fortes, c’est la participation du client au transport et au montage de son meuble. Les économies de transport sont du coup considérables. Et c’est en France, qu’Ikéa obtient l’un de ses meilleurs succès. Cela illustre bien notre rapport un peu schizophrénique à la mondialisation. C’est en France que les restaurants Mc Do font le plus le plein après les Etats-Unis, c’est en France qu’ils sont les plus rentables. Et la France est donc le troisième pays le plus important pour Ikéa, après les Etats-Unis et l’Allemagne. Et ce n’est pas fini : cette semaine, Ikéa a annoncé l’ouverture de douze nouveaux magasins ici –ce qui en fera 40 au total. En 2009, 400 emplois ont été créés dans l’hexagone. Nous n’avons pas de doute sur les vertus de cette mondialisation-là...

Ce qui ne veut pas dire que tout va bien dans le meilleur des mondes : des conflits sociaux ont eu lieu et les salaires ne sont pas élevés. Même le modèle suédois devant lequel nos politiques se prosternent n’est pas parfait ! Et les déclarations de Nicolas Sarkozy et François Fillon annonçant ce week-end un grand débat fiscal en 2011 ? La ficelle est un peu grosse. On entend cela depuis la rentrée, mais personne ne dit s’il aboutira ou non à des réformes sur l’ISF et le bouclier avant 2012. Ce débat est certes nécessaire, mais pour l’heure, le but est de dissuader la majorité de trop discuter le budget 2011 et de mettre l’opposition devant ses contradictions. On n’est pas obligé de participer à ces débats tactiques-là !

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