Le gouvernement est confronté à la grogne des chefs d’entreprise, une grogne qui s’amplifie…

Il en a pris conscience et cherche à les calmer sans se renier. Il y une semaine, les milieux patronaux prenaient connaissance de la facture du budget 2013 : dix milliards d’euros. Tant que le mécontentement portait sur la taxe à 75% sur les très gros revenus, pas de problème politique - et même au contraire vu du gouvernement. Mais quand cela s’étend aux patrons de start-ups de l’Internet, qui ont une image sympathique, qui cassent les codes, qui n’ont pas fait l’ENA et parlent comme tout le monde, là c’est autre chose. Le sujet, bien sûr, c’est la taxation des plus-values sur la revente d’entreprise. La taxe était de 19%, elle sera souvent de 45%, taux maximal de l’impôt sur le revenu, plus les prélèvements sociaux, au total 60%. C’est le désormais fameux mouvement des « Pigeons » sur Internet !

Ont-ils raison de protester ?

Oui. Pour trois raisons. Un : le signal est désastreux. Quand vous avez créé votre entreprise, vous y avez passé vos jours et vos nuits, vous vous êtes déjà cassé la figure, vous vous êtes relevés, vous avez rêvé de faire fortune un jour et vous avez du mal à avaler d’être plus taxés que les œuvres d’art, les monuments historiques et les investissements outre-mer, tous préservés. Deux : dans le monde de l’Internet, créer une entreprise, la revendre, en recréer une autre, c’est la règle. Trois : intellectuellement, il est bizarre de taxer davantage les cessions d’entreprise que l’immobilier. Vous revendez votre appartement à Paris dont la valeur a flambé sans que vous n’y soyez pour rien, vous ne payez rien ; vous avez créé une société, on vous prend tout. Au total, le risque de délocalisation est réel, surtout avec des jeunes patrons ambitieux. Les pigeons sont voyageurs…

Vous n’exagérez pas un peu ? Bercy a prévu des modalités qui font que le taux de 60% ne sera jamais appliqué.

Vous avez raison sur un point : ce n’est pas du monde de Zola dont on parle ! Pour le reste, oui, il y a des modalités qui prennent en compte un quotient familial, des abattements par ci, des lissages par là. Mais le problème de fond, le signal, ne sera pas réglé : si l’idée s’installe que la moitié de la création de richesses part en impôt, la motivation sera moindre ; Les dégâts des 35 heures devraient pourtant avoir vacciné contre les schémas trop dogmatiques sur l’économie. Résultat : l’Elysée a annoncé hier soir son intention de revoir sa copie.

Reste que l’Elysée, justement, a une autre carte dans sa manche.

On a vu à la Une du Monde hier des premières pistes sur la baisse du coût du travail sur laquelle travaille l’exécutif. Alors qu’en privé François Hollande comme Jean-Marc Ayrault excluaient encore en début de semaine un effort massif, on voit surgir l’idée d’enveloppes de plusieurs dizaines de milliards d’euros sur trois ou quatre ans. En réalité, rien n’est bouclé parce qu’une hausse de la CSG réduira le bas de la feuille de paie des salariés. En réalité, cette autre carte ressemble surtout à un contre-feu ou à un … tir aux Pigeons !

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