A Rodez, Emmanuel Macron s'est efforcé de rassurer. Il apparaît de plus en plus qu'il va essayer de désamorcer les mobilisations contre son projet en étalant au maximum sa réforme dans le temps.

Emmanuel Macron lors d'un débat sur le thème des retraites lors d'une visite à Rodez dans le sud-ouest de la France le 3 octobre 2019.
Emmanuel Macron lors d'un débat sur le thème des retraites lors d'une visite à Rodez dans le sud-ouest de la France le 3 octobre 2019. © AFP / Eric Cabanis

J’ai regardé le débat de Rodez sur les retraites entre Emmanuel Macron et des Français. A la fin, on était partagé entre deux sentiments. 

  • De l’admiration pour la qualité des questions des Français et la performance présidentielle, président qui connaît sur le bout des doigts les moindres méandres du sujet. Belle performance. 
  • Mais aussi quand même un vague ennui (même moi !), parce que la complexité est redoutable. 

Du coup, la question venait tout de suite : pourquoi Diable se lance-t-il dans cette réforme qui ne lui apportera que des ennuis à court terme, avec des avantages qui n’arriveront qu’à long terme ? Disons-le : certains de ses ministres mêmes sont sceptiques. 

Revenons à hier soir. L’objectif présidentiel était de tenir sur ses principes (l’universalité et il faudra travailler plus d'ici 2025 si les comptes sont dans le rouge) tout en -et c’était le message principal- mettant du sucré à côté du salé qu’est l’incertitude sur tout changement. Le sucré, la douceur explicite, c'est de combattre l’idée selon laquelle la valeur future des points de retraite varierait sans contrôle. La loi mettra des garanties et des commissions ad hoc. Et il y aura des revalorisations de salaires pour des fonctionnaires. Mais la douceur implicite (et j’arrive enfin à votre question précise), la douceur implicite est de dire que la réforme s’appliquera lentement. La mise en œuvre démarrera en 2025 et s’étalera jusqu’en 2040 - et je prends le pari que cela pourrait être au-delà. 

Donc dans vingt ans au moins. 

C’est le principe de la clause dite du grand-père : préserver une grande partie des droits acquis des personnes en place et changer la donne pour les générations futures. On savait que toutes les personnes nées avant 1963 ne seront pas concernées. On a entendu hier que les catégories actives d’aujourd’hui (policiers, Ratp, cheminots, EDF) pourraient bien conserver une partie de ou leurs droits. 

Calcul politique évident : priver les salariés actuels qui voudraient manifester de tout intérêt personnel à le faire. Au fil des mois, cette catégorie pourrait bien grandir. 

Cette clause du grand père est-elle un classique ?

Emmanuel Macron l’a déjà utilisé au moment de la réforme de la SNCF, le changement de statut ne concerne que les nouveaux embauchés, comme cela avait été le cas quand France Télécom a quitté les rangs des entreprises publiques pour devenir privée. Mais l’économiste Jacques Delpla rappelle souvent que c’est Pierre Mendès France qui l’a choisie quand il a aboli, en 1954, la transmission par héritage du privilège des bouilleurs de cru. Sa réforme avait préservé le privilège des personnes existantes et ne commençait que cinq ans plus tard. 

Emmanuel Macron (et soyez cléments sur cette chute facile, on est vendredi !) est prêt à prendre le même chemin pour éviter un bouillonnement du climat social.

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