L'édito éco de Dominique Seux, du journal « Les Echos ». Un accord social innovant va être signé aujourd'hui entre l'assurance-maladie et les infirmières libérales. Cet accord est important parce que c'est un accord qui ouvre peut-être la voie à une évolution du système de santé. Le texte ne concerne en fait pas seulement les infirmières libérales, son intérêt va bien au-delà. Pourquoi ? Parce qu'il ouvre une brèche magistrale dans un principe jusqu'à intangible : celui de la liberté d'installation des professionnels de la santé, un des piliers du système français. Alors en fait, après plusieurs mois de négociation très difficiles, l'assurance-maladie et les syndicats représentant les presque 60.000 infirmières libérales, celles qui reçoivent dans leurs cabinets ou rendent visite aux patients, ont conclu un accord. En échange d'une revalorisation de 6% de leurs actes, les infirmières et les infirmiers acceptent de ne plus s'installer là où ils le veulent. Concrètement, le nombre de professionnels sera gelé dans un certain nombre d'endroits, c'est-à-dire que seuls ceux qui partent en retraite seront remplacés. Ces endroits, c'est le Sud de la France puisque la densité des infirmières varie de 1 à 6 selon les régions. Le but, c'est de corriger une inégalité qui a pour conséquence un problème d'accès aux soins dans le Nord de la France, et beaucoup plus de dépenses qu'ailleurs dans le Sud. La seule région Provence-Alpes-Côte-d'Azur totalise un cinquième des honoraires en France ! La nouveauté est qu'on connaissait les mécanismes d'incitation, là, il s'agit d'un dispositif assez coercitif. Qu'en pense le gouvernement ? Le ministère de la Santé, Matignon mais aussi l'Elysée ont surveillé comme le lait sur le feu cette négociation. Nicolas Sarkozy lui-même a salué à plusieurs reprises ses différentes étapes. Pourquoi ? Tout simplement parce que tout le monde sait que le vrai enjeu politique derrière, ce sont les médecins. Eux aussi sont très mal répartis sur le territoire. Il y a par exemple 244 médecins spécialistes pour 100.000 habitants à Paris, mais 34 en Lozère. La Cour des comptes estime que la population qui a du mal à accéder aux soins de base augmente. Alors, depuis des années, une multitude de rapports ont dit qu'il fallait changer de système, être moins... libéral. Mais Nicolas Sarkozy, qui avait tenté, il y a un an, de mettre un peu de contrainte pour les jeunes médecins, les internes, a dû faire marche arrière. L'accord sur les infirmières va-t-il l'aider ? Les syndicats de médecins sont vent debout et, évidemment, un gouvernement, surtout de droite, n'aime pas les avoir contre lui. Donc, pour l'instant, on parle surtout d'incitations à s'installer, pas beaucoup de sanctions. Alain Juppé, en 1995, s'était mordu les doigts d'avoir voulu contraindre le corps médical. Mais le gouvernement a quand même une carotte, les revalorisations des honoraires. Le système français est hybride, les professionnels de la santé sont passionnément attachés à leur statut libéral, à leurs libertés, mais vivent sur des ressources essentiellement publiques, les cotisations. Cela donne un droit de regard à la collectivité car si ce système assure un haut niveau pour la santé, il est coûteux. Tout le monde doit s'y mettre.

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