Ces derniers jours, le débat ressurgit sur une mesure phare du sarkozysme : la défiscalisation des heures supplémentaires.

Oui, et on peut se demander si la décision prise dès l’été 2012 par la nouvelle majorité de supprimer cette mesure phare du sarkozysme n’a pas été une erreur. Et si elle ne va devenir pour la gauche un sparadrap identique au sparadrap du bouclier fiscal pour la droite au pouvoir. Le bouclier fiscal avait imposé, à tort ou à raison c’est un autre sujet, l’image du président des riches. La suppression du « travailler plus pour gagner plus » suggère que François Hollande n’a pas pris au sérieux les problèmes de pouvoir d’achat des classes populaires. La droite n’est plus seule à le dire. C’est l’avis exprimé désormais par un certain nombre d’élus socialistes, et même le porte-parole des députés PS, Thierry Mandon, pour qui la refiscalisation des heures sup, qu’il s’agisse des cotisations sociales ou de l’impôt sur le revenu, a été funeste. Hier, la trentaine de députés de la Gauche populaire l’a rejoint. Ce qui est nouveau, c’est que François Hollande lui-même, dit-on, aurait des regrets sur cette affaire. A plusieurs reprises depuis la mi-août, il l’a laissé entendre à des interlocuteurs. L’Elysée et Matignon démentent néanmoins tout retour en arrière dont le coup politique serait lourd, mais il est certain que le débat va se poursuivre y compris dans la majorité. Peut-être pas sur les heures sup. Mais certainement sur le pouvoir d’achat.

Mais qu’en est-il sur le plan économique ?

Sur le plan économique, la détaxation Sarkozy des heures supplémentaires a concerné jusqu’à huit millions de salariés, essentiellement des ouvriers et des employés, mais aussi des enseignants. Elle a coûté, c’est indiscutable, très cher, plusieurs milliards d’euros par an. Mais ce n’est pas pour cette raison, pour cette seule raison, peut-être même pas d’abord pour cette raison, que le gouvernement Ayrault l’a supprimée. C’est parce qu’il a été convaincu par de nombreux économistes que cet encouragement aux heures supplémentaires était négatif pour l’emploi. Le raisonnement est simple : quand les carnets de commandes se remplissent et qu’une entreprise y répond avec de heures sup, c’est autant d’embauches qui ne se font pas. En réalité, ce raisonnement de bon sens ne colle pas parfaitement à la réalité des entreprises. Un : en période de croissance faible, de toute façon, elles n’embauchent pas ; deux : les heures sup sont concentrées dans quelques secteurs, commerce, industrie, où elles sont très ancrées dans la pratique. Trois : la suppression de la défiscalisation a un effet réel, visible, concret, sur les feuilles de paie et d’impôt. Le parallèle est audacieux mais comme avec le bouclier fiscal, une forme d’idéologie l’a emporté.

Au total, le gouvernement peut-il revenir en arrière ?

Non, et c’est aux municipales de 2014 que le gouvernement connaîtra le prix de cette affaire. On connaît la formule : avoir politiquement raison mais économiquement tort. C’est plus rare mais on voit que l’on peut avoir économiquement raison (au moins en partie) mais socialement et politiquement tort.

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