Les producteurs de fruits et légumes maintiennent la pression sur le gouvernement pour ne pas rembourser les aides, malgré l'injonction de la Commission européenne. Qui est responsable dans cette triste histoire? D'abord un illustre inconnu. Celui qui a dénoncé dans l'anonymat à Bruxelles, en 2002, les aides versées par l'Etat français aux maraîchers depuis 1992. Impossible de savoir s'il s'agit d'un concurrent étranger ou d'un lobby français jaloux. Ensuite, il est tentant de dénoncer la Commission européenne, qui se prononce juste au moment où les prix des fruits dégringolent, en exigeant le remboursement de sommes versées près de deux décennies plus tôt. Mais en réalité, la Commission n'a fait que son travail en appliquant des principes de concurrence que la France a acceptés depuis longtemps. En revanche, à Paris, le ministère de l'agriculture n'a cessé depuis 2003 de jouer la montre pour repousser l'avis de Bruxelles. La Commission a finalement pris sa décision en janvier dernier. Elle l'a publiée fin mai, en donnant un délai de deux mois à Paris pour donner des renseignements sur les bénéficiaires de l'aide. C'est pourquoi cette histoire éclate aujourd'hui, en plein été. C'est donc la faute au ministre de l'Agriculture... Pas de Bruno Le Maire. L'actuel ministre a simplement eu le tort de dire les choses telles qu'elles sont, sans les enrober dans la langue d'ébène des politiciens aguerris. En revanche, ses prédécesseurs sont clairmeent en cause. Au départ, l'aide était ponctuellement justifiée. Elle venait au secours de producteurs mis à mal par leurs concurrents espagnols, entrés quelques années plus tôt dans l'Union européenne. Mais elle a ensuite été reconduite d'année en année, avec des raisons de moins en moins claires, et apparemment un contrôle de sa destination qui laissait à désirer. Et contrairement à la règle, Paris n'a pas déclaré ces aides à la Commission. Ca fait beaucoup de négligences. Et du côté des producteurs? Ils ont bien sûr raison de dire que c'est de vieilles histoires, que certains bénéficiaires sont partis à la retraite, que nombre d'organismes qui ont servi d'intermédiaires ont disparu et que ce n'est pas le moment de leur demander de l'argent. En même temps, ils ne peuvent pas nier que leurs circuits de financement agricoles sont parfois d'une obscure clarté, et aucun d'entre eux n'ose affirmer que Bruxelles s'est trompé sur toute la ligne. Les maraîchers vont donc s'appuyer sur les cas les plus aberrants pour tenter d'éviter tout remboursement. C'est logique, mais ce n'est pas forcément juste. Quel est le vrai problème des producteurs de fruits et légumes? C'est là que ça devient vraiment intéressant. Car ils avouent avec une sincérité désarmante qu'ils ne sont pas compétitifs. Or quand on n'est pas compétitif, il n'y que deux solutions: soit on fait autre chose, soit on devient compétitif. Là, les producteurs disent une seconde chose: s'ils ne sont pas assez compétitifs, c'est à cause à cause du smic et des charges sociales. On retrouve ici une question qui dépasse largement jardins et vergers. Faut-il sacrifier le smic, le smic où le « i » veut dire « interprofessionnel », s'appliquant à toutes les professions y compris agricoles, ou faut-il se résoudre à manger des pêches espagnoles? Faut-il basculer sur l'impôt une partie des cotisations sociales pour sauver nos tomates? Voilà un débat autrement plus important que des histoires de subventions à la cornecul.

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