Le championnat de France de football repart demain. Quel est l’événement économique de ce début de saison ?

Un record est déjà tombé avant le premier coup de sifflet. 156 millions d’euros, la somme déboursée par les clubs pour acquérir des joueurs, contre 140 millions l’an dernier. Le PSG a fait à lui seul la moitié des courses sur le mercato. Il a dépensé 80 millions, dont 42 millions pour faire venir à l’Argentin Javier Pastor qui gambadait jusqu’à présent sur la pelouse de Palerme. C’est la plus forte somme jamais payée par un club français pour s’offrir un footballeur, même on reste loin des 94 millions d’euros sortis par le Real Madrid il y a deux ans pour s’offrir Christiano Ronaldo. Notons au passage que tous les commentateurs trouvent normal de dire qu’un club a acheté un joueur, comme s’il s’agissait d’un esclave aux chaînes dorées. Moi je trouve ça choquant mais c’est sans doute parce que l’économie du football n’a rien à voir avec le reste de l’économie.

Pour dépenser de telles sommes, les clubs ont donc plein d’argent ?

Pas du tout, et c’est sans doute une deuxième preuve que l’économie du football est très spéciale. Normalement, une entreprise qui perd de l’argent ne peut pas s’acheter une nouvelle machine très chère. Un club de foot, c’est complètement différent. L’an dernier, les clubs de Ligue 1 et 2 ont perdu plus de 100 millions d’euros. Cette année, la prévision est d’une perte limitée à 10 millions mais en supposant que les ventes de footballeurs aux clubs étrangers rapporteront 264 millions d’euros. On en est très loin et les clubs devraient perdre à nouveau plus de 100 millions. Et encore, en vendant leurs pépites, ce qu’on appellerait ailleurs les bijoux de famille. En jargon économique, on dirait que c’est un système fondé sur la plus-value – autrement dit un capitalisme sauvage et bancal.

Mais alors, comment cela tient ?

Il y a des mécènes prêts à donner des millions pour les beaux yeux, ou plutôt le beau jeu, de leurs footballeurs. Avant, un patron de club, c’était souvent l’industriel local qui voulait soutenir une bande de jeunes se livrant à une saine activité sportive. On a eu ensuite une autre race de propriétaire. Pour le PSG par exemple, c’était un grand groupe, Canal +, qui avait repris le club pour renforcer son image de chaîne du sport. Ce qu’il perdait dans le foot, il le retrouvait dans de nouveaux abonnements. Maintenant, on change à nouveau d’échelle : le PSG, toujours lui, vient d’être repris par une société du Qatar qui possède la chaîne de télévision Al Jazira Sports, et qui a aussi déboursé 32 millions pour pouvoir diffuser les matchs français à l’international. Le but, c’est donc de faire de la publicité pour cette nouvelle chaîne – et aussi de renforcer l’image footballistique du Qatar, qui organisera le Mondial en 2022.

Et comment cela se passe à l’étranger ?

On retrouve la même logique. En Italie, les condottiere de l’industrie se retirent peu à peu du jeu, il ne reste plus qu’un certain Silvio Berlusconi à posséder l’AC Milan, et le championnat s’étiole. En Angleterre, les magnats russes flamboyants achètent les clubs. Il y a juste l’Espagne qui est assez différente. Les deux grands clubs que sont le Real de Madrid et le Barça de Barcelone sont la propriété des supporters, c’est un peu des coopératives. Mais à l’inverse des grands clubs français qui partagent les recettes des droits télés avec les autres clubs, eux négocient individuellement avec les chaînes et ramassent ainsi beaucoup d’argent. Au bout du compte, tout ça donne l’impression qu’il y a dans le foot non seulement des ballons ronds, mais aussi des bulles spéculatives qui risquent d’éclater.

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