Entre Mercedes et le gouvernement français, c’est l’escalade. Le constructeur allemand n’a plus le droit de vendre certaines de ses voitures depuis la fin juin et il vient de saisir le Conseil d’Etat. Comment en est-on arrivé là ?

En appliquant la règle européenne, tout simplement. En effet, depuis juin les nouveaux modèles de voitures doivent respecter une norme environnementale supplémentaire. Ils n’ont plus droit qu’à un seul gaz réfrigérant pour leur climatisation. Mercedes prétend qu’il est inflammable et dangereux et le boycotte. En réalité, le constructeur allemand n’est pas pressé de changer son système de climatisation alors qu’une révolution technologique se profile d’ici à 2016.

Pour ses classes A, B et CLA, qui ont été redessinées et réaménagées, le fabricant a donc continué avec le gaz qui équipait les versions antérieures. Manque de chance pour lui, s’il avait su dès le début présenter ces véhicules comme des modèles « anciens », il n’aurait pas eu ces ennuis avec les pouvoirs publics français. A l’inverse, Volkswagen a bien manœuvré avec sa nouvelle-ancienne Golf, qui n’a pas eu besoin de changer de gaz réfrigérant.

Autrement dit, Mercedes s’est fait pincer…

Oui, l’Etat français a réagi en bloquant les immatriculations, puis, après un recours en justice, en invoquant la clause dite de sauvegarde. Sauf coup de théâtre en provenance du Conseil d’Etat, les classes A, B et CLA, resteront derrière la vitrine du concessionnaire jusqu’à la fin de l’année. Si vous comptiez partir en vacances avec l’une de ces Mercedes, c’est raté. Les clients qui ont passé commande en juin ont d’ailleurs dû se faire prêter d’autres modèles…

La France est le seul pays à bloquer la vente. Et si Bruxelles nous accusait de protectionnisme ?

C’est peu probable. La Commission européenne n’apprécie pas du tout qu’un industriel prenne des libertés avec sa directive. Quant à la tentation protectionniste, elle existe, bien sûr. N’oublions pas que les numéros 2 et 3 européens de l’automobile sont français. Renault et PSA sont aussi beaucoup moins en forme et beaucoup moins rentables que leur voisin allemand.

Mais ce n’est pas en bloquant Mercedes que l’on pourra redresser la production française. D’abord parce que les véhicules interdits ne sont pas directement concurrents des modèles fabriqués par Renault, Peugeot ou Citroën. Les classes, A, B et CLA sont des compactes haut de gamme, plus spacieuses et plus chères que leurs équivalents tricolores.

Ensuite, la maison-mère de Mercedes, Daimler, est un partenaire de Renault. C’est le constructeur français qui fournit les moteurs diesel de la classe A. Si cette mesure était protectionniste, elle serait vraiment mal dirigée.

Dans ce cas, pourquoi le gouvernement français monte-t-il en première ligne ?

Parce qu’il faut savoir boxer un peu pour se faire respecter ! Trêve de plaisanterie, la France n’est sans doute pas mécontente de taquiner Berlin. Pour bien comprendre ce qui se passe, il faut replacer l’affaire dans le contexte des négociations européennes sur l’environnement. En juin, les Etats-membres ont été incapables de s’accorder sur la façon de parvenir à l’objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre fixé pour 2020. Au lieu de chercher un accord, la délégation allemande a défendu BMW, Volkswagen ou Daimler, spécialistes des grosses berlines qui consomment et qui polluent. Paris n’a pas du tout apprécié cette attitude. On peut donc interpréter la mesure de sauvegarde prise à l’encontre de Mercedes comme une forme de rétorsion diplomatique qui ne dit pas son nom.

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