Jean-Marc Vittori, du quotidien les Echos

La France ne réduira pas son déficit budgétaire autant qu’elle l’avait annoncé. L’agence de notation Moody’s l’a dit hier. Est-ce que c’est inquiétant ?

Oui et non. Non, parce que cette incapacité de la France à tenir ses engagements était de notoriété publique. Le président François Hollande explique au moins une fois par an que ça y est, la croissance repart. Ce qui signifie que l’argent va rentrer plus facilement dans les caisses de l’Etat, et donc que le déficit public va vraiment baisser.

Sauf que la reprise de la croissance n’est qu’un rêve du président. Voilà pourquoi le déficit est systématiquement plus fort que prévu.

Mais cette incapacité est tout de même inquiétante, parce que la France perd peu à peu sa crédibilité auprès de ses partenaires, de Bruxelles et des investisseurs étrangers qui financent massivement ce déficit.

Que va faire le gouvernement ? Afficher des objectifs plus réalistes ?

Vous n’y pensez pas ! La meilleure défense, c’est l’attaque. Voilà pourquoi le président François Hollande a glissé quelques phrases bien senties à nos confrères du quotidien « Le Monde », dimanche, avant l’annonce de Moody’s dont il avait toutefois sans doute connaissance.

Je le cite : « Nous mettons en place les réformes annoncées, mais le rythme des efforts entrepris pour réduire les déficits dépend aussi de la croissance. Nous ne sollicitons pas de l’Allemagne une quelconque indulgence, mais nous lui demandons un soutien plus ferme à la croissance » - fin de citation. Autrement dit, c’est la faute à l’Allemagne si la croissance française est trop faible. Le président français va même plus loin, en conseillant à nos voisins d’investir davantage.

Il n’a pas un peu raison ?

Sur la forme, il a bien sûr tort. Ca énerve les Allemands, comme ça nous énerverait si Angela Merkel nous disait publiquement ce qu’il faut faire. Et la France qui donne des conseils économiques à l’Allemagne, c’est un peu le boiteux qui explique comment mieux courir le cent mètres au recordman olympique.

Sur le fond, c’est un peu différent. Il est vrai que l’investissement public en Allemagne est bien plus faible qu’en France ; ça avait d’ailleurs été un sujet essentiel du débat électoral outre-Rhin l’an dernier.

Mais les Allemands, qui respectent davantage le code de la route, n’ont pas besoin de construire des milliers de ronds-points. Et comme ils ont beaucoup moins d’enfants que les Français, ils ont logiquement moins envie de construire des écoles.

Pourquoi, alors, cette étrange leçon aux Allemands de François Hollande ?

Sans doute pour détourner l’attention. Le président est en train de découvrir une horrible réalité, qu’il avait niée de toutes ses forces : la croissance française a disparu. Pour la retrouver, il faudra des changements structurels profonds, bien plus que ce qui a été fait jusqu’à présent.

Et comme le montrent tous les exemples de pays où de telles réformes ont été mises en œuvre, ces efforts portant leurs fruits à long terme, bien au-delà de la durée d’un quinquennat qui reste l’horizon indépassable de tout président.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.