Laurent Fabius n’est pas seulement Ministre des Affaires Étrangères. Il est aussi le promoteur acharné du tourisme français. Il a trouvé une nouvelle niche qui semble financièrement prometteuse : celle du tourisme médical…

Oui, vous vous souvenez sans doute d’un Laurent Fabius un peu pâlichon, accueillant par un froid matin d’hiver une poignée de touristes chinois à Roissy. On l’a vu encore, au printemps dernier, mobiliser l’ensemble du réseau diplomatique pour promouvoir la gastronomie tricolore. Le voilà qui franchit aujourd’hui un nouveau pas en se lançant dans la promotion d’une activité, sans doute moins souriante, mais tout aussi lucrative : le tourisme médical.

L’idée est cette fois de mettre à profit l’excellente réputation de la médecine française pour attirer en France des patients étrangers et faire profiter le pays de nombreuses retombées économiques.

Ce marché du tourisme médical est-il en plein boom ?

Oui, on assiste à une explosion de la demande dans un domaine qui se mondialise à toute allure. Le nombre de patients qui se rendent à l’étranger pour recevoir des soins aurait doublé en cinq ans , et le tourisme médical concernerait aujourd’hui jusqu’à seize millions de patients. Ce marché est aujourd’hui estimé à soixante milliards d’euros et sa croissance est fulgurante : près de 20% par an. Et il ne s’agit plus seulement de soins dentaires ou de chirurgie esthétique. On traite aussi les pathologies les plus graves, notamment les maladies cardiaques et même les cancers.

Certains pays se sont déjà taillés une belle réputation sur ce créneau encore naissant. Les uns comme la Thaïlande, la Pologne, la Turquie misent sur des tarifs ultra-compétitifs mais d’autres, comme les États-Unis, le Canada ou Israël, parient sur la qualité de leurs prestations.

C’est à qui se vendra le mieux.

L’Inde a créé un visa spécial dédié au tourisme médical et en Allemagne, où deux cents mille patients étrangers viennent se faire soigner chaque année, les hôpitaux vendent leurs services et leurs compétences sur Internet.

Et la France dans tout çà ?

Elle est en retard. Elle n’accueille même pas 1% de malades étrangers payant. Il faut dire que chez nous, la santé n’est pas considérée comme un bien commercial et que les Français sont très attachés à l’égalité de tous devant l’accès aux soins . Dans le rapport qui a été remis à Laurent Fabius, on précise d’ailleurs que les patients étrangers, même les plus nantis, ne devront bénéficier d’aucun passe-droit, ni traitement de faveur. Le mot d’ordre est simple : pas de médecine à deux vitesses …

Cela dit, la France ne manque pas d’atout...

Elle en a quatre essentiels :

La qualité et la réputation de ses médecins,

La maîtrise des techniques de pointe,

Des temps d’attente parmi les plus courts au monde,

Et, à qualité égale, des tarifs très compétitifs, notamment par rapport aux États-Unis.

Concrètement, qu'est-ce que cela peut rapporter ?

Si l’on en croit l’économiste de la santé, Jean de Kervasdoué, le tourisme médical pourrait rapporter à la France deux milliards d’euros de chiffre d’affaires en cinq ans et créer 25 000 à 30 000 emplois , pas seulement dans le domaine de la santé mais également dans l’hôtellerie et la restauration.

Vous me direz, il n’y a pas de quoi boucher le trou de la Sécu. C’est vrai, mais, en vendant sa médecine, elle commencera peut-être à se soigner.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.