Vendredi, Donald Trump n’a pas seulement relancé la guerre commerciale avec la Chine. Il s’est aussi félicité d’un accord avec l’Union européenne sur la viande de bœuf. Est-ce une nouvelle menace pour nos agriculteurs ?

Les Américains pourront exporter plus de bœuf, mais qui se plie aux normes dictées par l’Europe...
Les Américains pourront exporter plus de bœuf, mais qui se plie aux normes dictées par l’Europe... © Getty / Robert Alexander

Si l’on en croit le président américain, oui. Il a parlé d’une immense victoire qui va permettre aux éleveurs américains d’augmenter massivement leurs exportations de viande de bœuf vers le marché européen. 

La réalité est bien différente. Rassurez-vous, on ne va pas être obligés de manger du bœuf aux hormones. C’est même tout le contraire. C’est parce que l’Europe refusait le bœuf aux hormones qu’un compromis a été trouvé. Les Américains pourront exporter plus de bœuf, mais uniquement de qualité, et qui se plie aux normes dictées par l’Europe. Ce qu’il faut savoir aussi,  c’est qu’il y a une enveloppe globale et que ce que les Américains nous vendront en plus, c’est autant que d’autres pays ne pourront plus nous vendre. Donc  pas de panique, pour les éleveurs français, ça ne change rien.

Un sujet hyper sensible en France

On a beau tenter de les rassurer, on voit bien pourtant que les Français sont très critiques et très inquiets à l’égard de ces accords commerciaux. Oui c’est vrai que le sujet est hyper sensible en France. Depuis la ratification du CETA, l’accord commercial avec le Canada,  il ne se passe pas un jour sans que des agriculteurs en colère saccagent des permanences de parlementaires de la majorité. Ce qu’ils ressentent, c’est plus qu’une inquiétude, c’est une angoisse générale face à l’ouverture des frontières.

Un sondage récent publié par les Echos le montre clairement : la moitié des Français sont opposés à ces accords et réclament davantage de protectionnisme. Comme si, par définition, tout accord commercial était foncièrement mauvais pour les agriculteurs, l’environnement et l’économie. 

Sur quoi reposent ces craintes ?

En grande partie sur des fantasmes, sur une simplification de sujets qui restent très complexes et sur une large exploitation politique. Il ne s’agit pas de défendre naïvement le libre échange mais au moins d’en reconnaître les bienfaits : les accords commerciaux conclus ces dernières années avec la Corée du sud, le Canada et le Japon sont bons pour les exportations de l’Union européenne et bons pour les exportations de la France.  

Prenez le Ceta si décrié. Son bilan est déjà clairement positif : rien que pour la France, les exportations ont augmenté de 6,5% vers le Canada l’année dernière, et elles progressent même dans le domaine de l’agroalimentaire.

Comment expliquer les mises en garde d’ONG et des écologistes ? 

J’ai envie de vous répondre par une autre question :  quelle est l’alternative à ces accords ? L’alternative, c’est un monde où Donald Trump fait la loi à coup de taxes douanières et de rétorsions et où tout le monde est perdant. C’est la loi du plus fort. Pour l’Europe, négocier avec d’autres grandes économies c’est justement refuser cette loi du plus fort. Entre la négociation même imparfaite et la guerre commerciale, l’Europe a choisi son camp.

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