Le Parti socialiste présente donc officiellement son projet pour 2012 aujourd’hui. Nous avons, bien sûr, lu la partie économique et sociale.

Beaucoup a été dit sur ce projet dévoilé peu à peu, sans que l’on sache s’il s’agit de fuites distillées pour faire un « teasing » ou d’une joyeuse pagaille. Pour commencer avec une impression générale, disons qu’il y a des choses intéressantes, des choses importantes, mais aussi des choses presque insupportables. Ce qui intéressant, c’est par exemple la lecture de la mondialisation, moins caricaturale qu’on pouvait le craindre. Ou l’encouragement aux entreprises à investir plutôt qu’à verser des dividendes. Ce qui est important, c’est, avec un projet clairement marqué à gauche, la volonté de montrer que les vannes financières ne seront pas ouvertes. Les déficits devront baisser. Ce qui est en revanche insupportable, est le côté Zola de la description de la France. Souffrances, déclassement, déclin, la France serait un champ de ruines et 99% de ses habitants vivraient Germinal.Nicolas Sarkozy n’est plus un adversaire politique, c’est un fossoyeur.

Il ne faut pas s’étonner, quand les grands partis –ou le gouvernement sur d’autres sujets- croient utile de caricaturer, que les extrêmes progressent. Le PS en fait trop, il répète ainsi comme Dominique Strauss Kahn qu’un quart des salariés gagne moins de 750 euros par mois, ce qui est rigoureusement faux.

Que retenir des mesures précises ? Il est un peu difficile de répondre, parce que la version qui circulait hier n’était pas la dernière. Cela étant, il n’y a rien d’aussi frappant que les 35 heures de 1997. Les 300.000 emplois jeunes, la fusion de l’impôt sur le revenu et de la CSG sont des idées qui sont dans l’air depuis longtemps, ce qui ne veut pas dire qu’elles sont toutes mauvaises. En réalité, l’important est de bien voir que ce projet n’est pas financièrement neutre. Officiellement, il n’y a pas de hausse générale d’impôt. Mais il y a quand même 50 milliards d’euros de suppressions d’avantages fiscaux en tous genres. C’est la même chose ! A ce niveau, il ne s’agit pas seulement du bouclier fiscal, du retour des droits de succession ou de la TVA à 19,6% dans la restauration. C’est forcément plus large et cela ne touchera pas que les plus aisés. Quand on lit bien le texte, on voit aussi qu’une hausse des cotisations retraite est prévue.

La question-clé est : ce projet est-il crédible ? Chacun jugera. Relevons simplement que le PS avait beaucoup reproché –il avait raison– à Nicolas Sarkozy en 2007 de construire son scénario financier sur une croissance de 2,5% par an. C’est pourtant ce qu’il fait lui aussi ! C’est peu réaliste. Le président (PS) de la commission des finances de l’Assemblée, Jérôme Cahuzac, a d’ailleurs pris hier ses distances avec les calculs officiels du PS.

Autre question : peut-on augmenter encore la part des dépenses publiques alors qu’on a déjà le record des Vingt-sept ? Bref, depuis vingt ans, il y a eu tant de promesses non tenues et d’objectifs non atteints que la barre, en matière de crédibilité, est plus haute et la suspicion légitime. Cela vaut pour la droite comme pour la gauche.

Le candidat du PS sera-t-il lié par le projet ? Le candidat écrit-il le programme ou le programme lie-t-il le candidat ? On verra très vite si l’idée d’un programme sans visage était une idée brillante ou baroque !

L'équipe
Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.