Le débat sur l’âge de départ à la retraite tourne à la cacophonie. La droite du gouvernement, avec Matignon et les ministres de Bercy en tête de gondole, souhaite que l’âge minimum de la retraite passe de 62 à 63 ans. Ont-ils raison ? Dominique Seux ne le croit pas.

La retraite à 63 ans, une mauvaise diée ?
La retraite à 63 ans, une mauvaise diée ? © Getty / Hero Images

Deux raisons pour lesquelles il ne faut pas reculer à 63 ans l'âge du départ en retraite :

  1. La première est politique. Emmanuel Macron s’est engagé en 2017 à ne pas toucher à cette borne de 62 ans. C’était il y a deux ans, et la situation n’a pas changé de fond en comble. Les politiques sont accusés matin midi et soir de se contrefiche de leurs engagements, se renier c’est donner des arguments aux populistes. 
  2. La seconde raison est économique. Si le débat se déplace sur l’âge de la retraite, c’en est fini de la réforme sur laquelle travaille  intelligemment Jean-Paul Delevoye, celle d’un système de retraite par points. L’intérêt de cette réforme ne saute pas aux yeux, sauf sur un point, mettre de la justice dans un système inégalitaire aujourd’hui. Alors même que l’âge de la retraite est à 62 ans, un Français sur trois la prend avant 62 ans. 

Qui est concerné ?

Des salariés ayant commencé à travailler très jeune, c’est normal, mais le dispositif ratisse large ; des métiers pénibles, c’est normal ; Mais aussi les fameuses catégories dites actives de la fonction publique (la formule n’est pas très gentille pour les autres ... !) ; et toujours les régimes spéciaux de certaines entreprises publiques.  

Que faire ?

La priorité devrait être la justice. La logique conduirait Emmanuel Macron à confirmer les 62 ans. Mais aussi à demander à Jean-Paul Delevoye et aux syndicats d’être courageux sur les injustices actuelles. 

Quant à l’idée des 63 ans pour financer la dépendance, elle est saugrenue, la ficelle apparaîtra tellement épaisse qu’elle risque d’étrangler définitivement toute réforme. 

Mais comment équilibrer les comptes ? 

L’âge légal n’est pas l’âge réel de départ. Dans le privé, cet âge réel dépasse déjà nettement les 63 ans hors carrières longues. Pourquoi ? Parce que l’autre condition pour bénéficier d’une retraite solide est importante : avoir un nombre de trimestres cotisés suffisant. Pour trouver des économies, il vaut mieux jouer sur des décotes et des surcotes, des bonus-malus assez puissants, pour que dans la réalité, il y ait un âge pivot, de départ réel, autour de 64-65 ans. 

Cela rapporte sans doute moins que les 10 milliards que rapporterait un âge légal à 63 ans, mais cela peut équilibrer les comptes. La condition est que les Français comprennent bien que s’ils veulent pouvoir continuer de partir à 62 ans, ils le feront avec une retraite moins importante. 

C’est l’éternelle image du beurre et de l’argent du beurre que je vous épargne – enfin presque.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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