Le patron de Total, Patrick Pouyanné, a expliqué dimanche pourquoi il va rester en Birmanie, pour protéger les salariés locaux. L'entreprise reversera à des ONG autant que ce qui sera versé au gouvernement local. Cette position est-elle tenable ? Ce sera compliqué.

Rappelons le contexte. Total est présent en Birmanie depuis 1992, c’est un des groupes étrangers les plus implantés sur place. Il extrait du gaz, et fournit de l’énergie à la moitié de la population et à tout l’ouest de la Thaïlande. 

Depuis le coup d'Etat  du 1er février, la résistance locale et les ONG internationales lui demandent d’arrêter ses activités sur place et, surtout, de ne pas verser un dollar de revenu et de taxe aux militaires, pour ne pas financer la répression sanguinaire. 

Dans une tribune au JDD, Patrick Pouyanné répond : oui à l’arrêt des recherches de gaz offshore, mais non au gel des royalties et des taxes. Mais Patrick Pouyanné annonce aussi qu’il versera à des ONG l’équivalent de tout ce que Total versera à la junte – en clair l’entreprise ne gagnera pas un dollar. 

Pour donner une idée, Total a versé 38 millions de dollars de taxes en 2020 à l’Etat Birman (celui d’Aung San Suu Kyi), et l'équivalent en gaz à hauteur de138 millions de dollars. 

Quel est l'argument de Pouyanné ? Le voici : si le groupe arrêtait d’extraire le gaz et refusait de payer ses impôts, le personnel local serait mis en travail forcé par la junte et la population n’aurait plus d’électricité. Ije ne sais pas si c'est exact, c'est possible.

Il ne le dit pas mais il y a un autre argument, géopolitique : les Chinois sont prêts à remplacer dans l'heure Total, ils ont assisté il y a dix jours à un défilé militaire -comme le rappelait Pierre Haski dans une de ses chroniques- et ils s’opposeraient à toute sanction internationale au conseil de sécurité de l’ONU.

Cette position de Total est-elle tenable ? 

Une chose est sûre : faire des moulinets ici dans ce studio, en disant à Total « partez tout de suite, ne payez plus » est facile, çà ne mange pas de pain -et on est sûr d’être applaudi. 

Ce sont des arbitrages difficiles et bien sûr Total espère et peut-être parie que la junte militaire va vite tomber. Franchement, aucune solution n'est idéale, c'est difficile. 

Mais ce qu’on peut dire aussi est que la position du groupe français, tenable à très court terme, le sera difficilement à moyen terme. D’autres groupes, comme un sidérurgiste coréen, ont gelé leurs versements au gouvernement et, en Libye, la compagnie pétrolière nationale (certes elle est locale) a fait la même chose jusqu’à ces derniers jours, en attendant que la situation politique soit calmée. 

Conclusion : ne doutons pas que Total a certainement davantage de moyens de pression que ce qu’il pense et qu’il doit les trouver.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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