Ce matin, vous vous intéressez à la Suisse, qui ne serait plus le paradis qu’elle était pour les grandes fortunes...?

Ou plutôt, disons que c’est un refuge sous pression ! C’est vrai qu’il se passe quelque chose et que, je le dis avec le sourire, ceux de nos auditeurs qui envisagent d’aller s’installer chez nos voisins helvétiques doivent réfléchir un peu. Le filet se resserre. Les voisins de la Suisse ont besoin d’argent et ils ont moins de tolérance pour l’évasion fiscale. Ainsi, on ne parle que de cela en Allemagne depuis hier : l’achat par un Länder d’un CD contenant des informations croustillantes sur des comptes bancaires détenus en Suisse par des Allemands.

Un CD qui pèse quand même trois milliards d’euros !

Il comporte une liste de 1.300 personnes physiques ou fondations, qui ont placé cette somme auprès de la banque UBS, en Suisse donc. Des redressements fiscaux sont déjà en cours. Ce qui est intéressant est que ce sont des responsables politiques qui ont acheté le CD, sans doute à des employés de banque suisses qui veulent arrondir grassement leurs fins de mois. De son côté, Angela Merkel veut appliquer un accord fiscal passé avec Berne qui taxe les placements allemands en Suisse, même si l’anonymat est préservé. On continue ? Les Etats-Unis ont obtenu que la Suisse leur donne des informations sur les résidents américains – l’accord a été paraphé hier. Vous vous souvenez enfin qu’Eric Woerth avait lui-même utilisé une liste de 3.000 quand il était à Bercy.

Le résultat est que la Suisse attire moins ?

Ce sont les Suisses qui le disent. Je vous conseille la lecture du magazine suisse Bilan qui vient de sortir. Elle est édifiante ! C’est un long lamento de ce magazine qui ne se cache pas de défendre les riches. On y lit que le secret fiscal part à vau-l’eau, que le fameux forfait fiscal qui impose les contribuables sur leur train de vie et non leurs revenus est menacé. Sans parler de l’exit tax instauré par Nicolas Sarkozy et du tour de vis sur les successions pour les héritiers français des résidents en Suisse. Bref, cela ne va plus.

Avec des conséquences concrètes vues de France ?

D’après les Suisses, les paradis fiscaux, ce sont désormais Londres et Bruxelles et les Français s’y précipiteraient. La preuve ? Selon leurs relevés, il n’y a eu quasiment aucune arrivée de grande fortune autour du Lac Léman cette année. Le magazine a recensé 14 milliardaires français, en franc suisse. Aux premiers rangs desquels la famille fondatrice de Chanel, les familles Castel, Louis-Dreyfus, Bich etc. Mais ils sont là depuis longtemps. Les plus jeunes vont à Londres, sanglote-t-on à Genève.

Cette pression sur la Suisse, c’est une bonne nouvelle je suppose...

En partie seulement. Oui, les Etats ont raison de lutter contre l’évasion des capitaux, le camouflage d’argent. Mais attention : quitte à choquer et jouer le paradoxe, l’uniformité fiscale ne serait pas sans risque non plus. Avoir à nos frontières de l’émulation fiscale protège aussi les contribuables. Sinon, il est sûr et certain que les impôts grimperaient sans aucun frein.

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