Edouard Philippe a cédé le minimum avec le gel des hausses de taxes sur les carburants. Il n'y a donc pas formellement de virage social, une sorte de mars 1983 à l'envers. Mais dans les faits, Emmanuel Macron devra aller plus loin.

Edouard Philippe présentant sa réponse aux Gilets Jaunes le 4 décembre 2018
Edouard Philippe présentant sa réponse aux Gilets Jaunes le 4 décembre 2018 © Sipa / AFP

Emmanuel Macron a avalé son chapeau et lâché du lest, mais il a lâché pour l’instant le minimum qu’il pouvait lâcher dans ce contexte. 

Pour l’instant, ses concessions se limitent à la suspension des taxes sur les carburants, à la mise en route d’une prime-transport et à une concertation sur les impôts. Ce sont quelques milliards d’euros, ce n’est pas rien, mais ce n’est pas un vrai changement de politique parce que les réformes déjà votées ne sont pas remises en cause. 

Pour l’avenir, en revanche, il est évident que la tonalité sera moins à aider les entreprises que les ménages, à moins faire de politique de l'offre que du pouvoir d'achat. Le calendrier de réduction de l’impôt sur les sociétés sera-t-il maintenu ? Pas sûr. La privatisation des aéroports parisiens sera-t-elle confirmée ? On verra. La réforme des retraites changera-t-elle d'orientation ? Possible. Une forme d'ISF sera-t-elle rétablie ? Benjamin Griveaux a annoncé ce mercredi une évaluation en 2019, à l'issue de laquelle la décision sera prise de le récréer ou pas.

Bref, l’état d’esprit change. 

Mais il est trop tôt pour dire si décembre 2018 sera un mars 1983 à l’envers, Macron passant du libéral au social quand Mitterrand était passé du social au libéral. 

Tout dépendra aussi de la capacité du gouvernement à proposer aux partenaires sociaux rationnels, notamment les syndicats comme la CFDT, l’Unsa voire Force Ouvrière, (à leur proposer) une négociation classique mais efficace et si, oui, le Medef donne du grain à moudre. 

Car le pouvoir d'achat, ce sont d'abord les salaires, et les salaires ce sont les entreprises. 

La difficulté est que les partis politiques d’opposition, parfois irresponsables, ont tous tendance, eux, à jouer la politique du pire et à souffler sur les braises du grand n'importe quoi. 

Concrètement, quelle conséquence pour les carburants ? Edouard Philippe a annoncé la suspension pour six mois des hausses des taxes sur les carburants. En fait, il paraît invraisemblable que En Marche fasse campagne pour les élections européennes du 26 mai avec la perspective de leur hausse le 1er juillet. Donc, ces hausses n'auront pas lieu. 

Ensuite, le gouvernement pourra essayer de revenir à la trajectoire carbone, plus soft, de Ségolène Royal pour 2020 et 2021, mais cela paraît difficile quand même. 

En revanche, les primes pour acheter une nouvelle voiture vont rester. Bonne affaire pour les automobilistes, mauvaise à coup sûr pour le Budget.

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  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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