L’édito éco de Dominique Seux, des « Echos ». _____500.000 dollars par an… C’est le montant maximal du salaire que pourront toucher les patrons des entreprises aidées par l’Etat américain. Barack Obama a fait cette annonce hier. C’est un tournant considérable pour les Etats-Unis et le reste du monde. Pour les Etats-Unis, c’est une nouvelle transgression, à un moment où il y en a déjà beaucoup : sur la propriété des entreprises ou sur le rôle de l’Etat. Cette fois, c’est sur les rémunérations, domaine où le contrat individuel est la règle. Cette décision, que Barack Obama a annoncée lui-même par un discours à la Maison-Blanche, est évidemment une réponse à la provocation des patrons de Wall Street, qui se sont accordés et ont accordé la somme inouïe de 18,4 milliards de dollars de primes à leurs salariés alors que les contribuables mettent 700 milliards sur la table. « C’est honteux » a lancé le président et c’est vrai. Impuissant sur le passé, Barack Obama frappe fort pour l’avenir. La colère des Américains - dont il a besoin du soutien - l’a poussé à agir comme si c’était le prix à payer pour que l’opinion garde confiance dans le système économique. Si c’est le cas, cette justification constitue un bon argument. Mais ce chiffre de 500.000 dollars a-t-il un sens ? 500.000 dollars, 390.000 euros, c’est énorme pour l’Américain moyen, notamment pour les 3 millions qui ont perdu leur emploi ces derniers mois. Avec cela, on vit sans mal, mais c’est peu pour les patrons des grandes sociétés. Celui de Goldman Sachs a empoché 70 millions de dollars en 2007, celui de General Motors 16 millions. Tout le débat est en fait de savoir à qui s’applique la mesure. Les sociétés aidées par les pouvoirs publics sont-elles celles qui sont nationalisées, catégorie en pleine expansion ? Dans ce cas, l’Etat est totalement libre de faire ce qu’il veut. Mais est-ce aussi celles qui ont des garanties, des lignes de crédit ? Autre problème pratique, cette mesure s’applique aux dirigeants mais les traders gagnent beaucoup plus que leurs patrons. La limite entre la mesure de bon sens et la démagogie n’est pas facile à tracer. Cette décision d’Obama va-t-elle faire jurisprudence ? La norme américaine dans ce domaine va lancer un débat mondial. En Europe, un plafond de 500.000 euros existe pour les dirigeants des sociétés aidées et la Grande-Bretagne a encadré les bonus, auxquels les dirigeants des banques ont dû renoncer en France. Mais la solennité de l’annonce d’Obama, hier, change la donne. On verra ce soir ce que dira Nicolas Sarkozy sur les banques françaises, ou sur Renault et Peugeot. Personne n’est au tapis, rien ne justifie qu’ils soient concernés. Mais ce qui est intéressant, c’est surtout que cette décision américaine laisse prévoir un virage plus général sur les rémunérations des chefs d’entreprise. Depuis dix ans, elles ont progressé fortement, aux Etats-Unis avec une indécence incroyable, en Europe moins mais aussi. Ce temps-là est passé et on va revenir à des revenus plus raisonnables parce que l’infaillibilité des patrons a disparu. Est-ce un sans faute d’Obama sur ce sujet ? Cette affaire est symbolique, très politique, mais malgré tout marginale. La question est de savoir si son plan de relance va marcher, s’il va trouver la bonne solution pour les banques. Et si, vu d’Europe, il mettra autant d’audace sur les centres offshore, la réforme du système financier et monétaire international et la surveillance de Wall Street. Ça, c’est beaucoup plus important.

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