François Hollande tient ce matin sa cinquième conférence de presse. Le risque, c’est qu’il oublie les questions économiques.

Davantage qu’un risque, c’est une tentation. On est déjà quasiment sûr que le chef de l’État parlera peu économie - en dehors de la Grèce - et on est sûr qu’il n’y aura pas d’annonces dans ce domaine. Deux raisons à cela. La première, logique, compréhensible, est que l’actualité est - comme on dit - davantage régalienne depuis les attentats du 7 janvier. On attend François Hollande sur la sécurité, l’intégration, l’éducation, le service civique, les banlieues. Des sujets évidemment importants. L’autre raison, moins évidente, est qu’il y a une sorte de curieux climat d’apesanteur sur l’économie dans les cercles du pouvoir. C’est le fameux alignement des astres : la baisse du prix du pétrole (qui a néanmoins remonté ces derniers jours), celle de l’euro, le bas niveau des taux d’intérêt, donnent le sentiment qu’enfin, la France va prendre le bon vent. Si on ajoute les coups de shoot à l’oxygène que sont censés apporter - toujours de l’extérieur - la Banque centrale européenne et le plan Juncker, bref, il y a l’idée que l’étau se desserre.

Et tout ce désinvestissement sur l’économie est théorisé…

Oui... 2014 avait été une année tout éco ; Pacte de responsabilité, 50 milliards d’euros d’économies, préparation de la loi Macron. Et entend-on chez les proches du président : "tout éco, tout cata" – les sondages ! Autant faire autre chose. En plus, entend-on encore : "l’essentiel, à mi-chemin du quinquennat, est fait". Un ministre, très ami du président, résume : ce qui a été fait « est nécessaire et suffisant ». Un autre proche, cité par le journaliste des Échos Pierre-Alain Furbury, détaille : "Pendant la première mi-temps, l’exécutif a joué à l’extérieur, sur un terrain économique où il n’était pas le plus crédible. Maintenant, on joue à domicile. L’éducation, les banlieues, l’engagement, ce sont nos thèmes, ceux de la gauche "(fin de citation. On ajoutera que l’échec du dialogue patronat-syndicats a douché l’envie de dialogue social. Voilà la sorte de théorisation).

Mais, c’est risqué, donc ?

Oui, parce que la situation économique reste la même. Le nombre de chômeurs est à un niveau record (même si le taux de chômage ne l’est pas). La croissance dont on parle, c’est 1% - il n’y a pas de quoi sauter au plafond. Le déficit public est toujours au-dessus de 4% du PIB. Oui, il y a encore à faire en économie pendant les 27 mois qui restent d’ici 2017. Cette conférence de presse va marquer un tournant : l’économie n’est plus au cœur, elle passe en périphérie. Attention danger.

Cela vous rappellerait une autre période ?

Celle de la cagnotte, quand en 2000, un gouvernement s’était imaginé que parce que les trous dans les caisses étaient moins élevés qu’on le craignait avant, il y avait du grain à moudre et à distribuer. Là, c’est la même idée : ce n’est pas parce qu’il y a d’autres urgences à côté de l’économie qu’il faut se relâcher sur l’économie.

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