**Le CAC 40 a terminé la journée d’hier au-dessus des 4.000 points, pour la première fois depuis quinze mois… La crise est finie, Dominique ?Ils auraient bien tort ceux qui le penseraient à la seule vue de l’indice CAC 40, l’indice qui retrace les cours de Bourse des 40 premières entreprises françaises. C’est vrai que les apparences sont trompeuses et que l’évolution de cet indice, si on se dit que la Bourse reflète l’économie réelle, peut faire naître cette illusion. Quelles sont les apparences ? Le CAC a gagné près de 2% sur la seule journée d’hier, il avait déjà grimpé de 22% en 2009 et même de 60% depuis son plus bas atteint au printemps dernier. J’arrête les chiffres mais il suffit de savoir que la plupart des experts s’attendent à ce que l’escalade se poursuive pour se demander quels en sont les moteurs. Ces moteurs sont en fait assez clairs : La première grande raison, c’est tout simplement le fait que les actions sont ce qu’il y a de mieux actuellement : avec des taux d’intérêt très bas, acheter des obligations ou bourrer son Livret A n’a aucun intérêt. L’autre grande explication est que les résultats des entreprises sont en train de s’améliorer et donc investir en Bourse redevient intéressant. Mais les apparences sont aussi trompeuses, non ?Oui, d’abord, il ne faut pas exagérer cette euphorie boursière, la caractéristique des marchés est d’avoir trop le nez sur le “ guidon ” - si on peut dire. La Bourse monte mais elle était en basses eaux : début 2010, elle est un tiers plus basse qu’en 2000 ! Le CAC est à 4.000, mais il est monté jusqu’à 7.000 points au cours de la décennie. C’est le premier aspect. Le second aspect, beaucoup plus important pour atténuer, hélas, l’idée que la reprise de la Bourse annoncerait forcément celle de l’économie en général, est le suivant : la santé des entreprises s’améliore parce qu’elles taillent dans leurs coûts, pas pour l’instant parce que la demande de leurs clients enfle – ce qu’elles préféreraient évidemment. Traduction : tailler dans les coûts, cela veut dire supprimer des dépenses, des emplois. C’est ce qu’elles ont fait en 2009. Et ce n’est pas fini. Interrogés hier par le quotidien britannique « Financial Times », une dizaine de grands patrons européens, ceux de Renault, de Ryanair, d’ABB, résument 2010 en disant : le mot clé, ce sera encore l’austérité. Ce n’est pas très rassurant. Donc, pas de lien entre la Bourse et l’économie “ réelle ” ?C’est plus compliqué. Disons que la Bourse donne souvent plus une image de l’apparence de l’économie que de sa réalité. La Bourse croyait avant la bulle Internet que tout allait bien. Elle croyait avant la crise financière que tout allait bien. Disons surtout, avant de tout faire dire aux cours boursiers, que la Bourse, ce sont des acheteurs et des vendeurs qui veulent ne pas perdre d’argent et en gagner si possible. Cela dit, l’économie a besoin de la Bourse. Les entreprises ont besoin de l’argent des actionnaires pour investir. C’est même sans doute un des débats à venir : l’intérêt général exigerait que les exigences de retour sur investissement et de distribution des dividendes diminuent pour qu’augmentent les salaires et les investissements productifs. Mais la concurrence croissante dans le monde pour attirer les capitaux ne pousse pas dans ce sens. Ça c’est un débat qui concerne tout le monde. La bourse, une boussole, mais qui n’indique pas toujours le nord.**

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