L’Autorité de la concurrence a annoncé hier une enquête sur le secteur de la réparation automobile, en clair les garagistes. Cela changera-t-il quelque chose pour les automobilistes ?

On l’espère s’il se confirme, effectivement, qu’il y a un problème, mais c’est surtout une nouvelle étape dans le travail déjà très efficace de l’Autorité de la concurrence. Dans le cas précis, de quoi s’agit-il? Le régulateur, dirigé par le souriant mais tenace Bruno Lasserre, trouve étrange l’inflation des coûts de l’entretien et de la réparation automobile ces dernières années. En dix ans, pour les Français, ce poste de dépenses a flambé de 50% à 60%, nettement plus que l’inflation. C’est troublant et c’est surtout beaucoup quand on sait que ce type de dépense représente plus du tiers du budget automobile. L’explication (me direz-vous, Patrick) vient peut-être du coût des matières premières, de l’acier, du plastique ? Mauvaise pioche, parce que les prix des voitures ont été très sages.

Et donc?

Et donc alors, l’Autorité de la concurrence suspecte que ce marché de la réparation n’est pas concurrentiel. Plus concrètement, elle se demande si les grandes marques, Renault, Peugeot, Fiat, BMW, ne font pas en sorte que les réparations ne puissent avoir lieu que dans leur propre réseau, à leurs conditions. Au détriment des indépendants, artisans, Midas et Speedy. Comment ? Par exemple en les privant des logiciels de détection des pannes. Et en ne les alimentant pas en pièces détachées dites visibles (vitres, ailes). La France, contrairement à ses voisins, n’a pas libéralisé ce marché, or les écarts de prix peuvent atteindre 40%. Il faut savoir que les pièces détachées assurent une partie importante des bénéfices des constructeurs auto. Reste à savoir comment les choses peuvent changer.

Et, donc, ce type d’enquête montre les ambitions de l’Autorité de la concurrence ?

Oui, à son tableau de chasse, elle a déjà de beaux trophées. Elle a sanctionné les entreprises de BTP qui se répartissaient les marchés. Elle a aussi infligé des amendes énormes contre les opérateurs mobiles. Il faut dire que ses enquêteurs étaient tombés sur un carnet de notes d’un cadre d’une entreprise qui détaillait les rendez-vous et les accords sur les prix ! La licence accordée à Free en découle. Cela étant, plus un secteur est puissant, plus le travail de Bruno Lasserre est difficile. L’Autorité négocie actuellement avec les banques pour diminuer les commissions payées par les commerçants sur l’usage des cartes bancaires. On saura cette semaine si cela marche. Enfin, quand il y a peu d’innovations qui font baisser les prix, comme dans l’énergie, le travail est plus ingrat et invisible.

En réalité, ce sujet économique est aussi très politique

Au-delà des garages, ce qui est en cause avec la concurrence est le rapport de forces entre producteurs et consommateurs au niveau français comme international (avec la Chine). Toute la complexité est que chacun de nous est à la fois salarié et consommateur, avec des intérêts divergents, et que les gagnants et les perdants ne sont pas toujours les mêmes.

Chronique présentée par Dominique Seux

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