Vous commentez vous aussi le discours du Premier ministre mais sous l’angle économique.

Oui, et l’image que l’on retient, c’est celle d’une marche en montagne tôt le matin. Le sommet, là-bas, loin, est éclairé par le soleil, il est visible, mais le chemin juste devant nous, devant nos pas, est encore dans l’ombre et on avance avec prudence. Pour le moyen et le long terme, Edouard Philippe a évoqué beaucoup de chantiers lourds, qui changerait le paysage de la France. L’ampleur de ce qui a été évoqué fait penser à 1958. Une réforme de la santé, et pas seulement le remboursement des soins dentaires, mais une remise à plat des parcours de soins. L’assurance-chômage revue et corrigée. La loi travail qui réorganise les niveaux de négociation sociale. Dans le domaine éducatif, la refonte du Bac et la sélection à l’entrée de l’université puisqu’il faudrait des prérequis. Sur le plan fiscal : la suppression de la moitié de l’ISF, la disparition de l’essentiel de la taxe d’habitation, un impôt sur les bénéfices des sociétés à 25 %. Quoi encore ? Des économies dans les dépenses publiques importantes. La fin, dans la pratique, du diesel. Le pouvoir enlevé à certaines communes d’attribuer les permis de construire. Tout cela constituerait une « révolution », pour prendre le mot qu’Emmanuel Macron, avec un brin d’humour j’imagine volontaire, a employé à Versailles.

Mais le court terme est plus flou

Il y a des ombres. Le discours martial sur les comptes publics (honnêtement entendu dix fois déjà) pour ramener le déficit sous les 3 % du PIB laisse supposer la rigueur, mais il n’y a pas eu d’illustrations -ce qui laisse ouvert tous les fantasmes. S’agissant des impôts, le plus clair est que le pouvoir renonce à un choc fiscal qui aurait un effet sur la conjoncture en 2018. La bascule des cotisations salariales sur la CSG est la seule mesure confirmée pour l’an prochain, avec à la clé du pouvoir d’achat pour les salariés du privé. Tout le reste semble être renvoyé à 2019 ou plus tard. Le calcul est que le fait de tout voter dès cette année, avec des mises en œuvre étalées, suffira à créer un choc de confiance. C’est en réalité un pari parce que cela signifie que peu de choses changeront dans la vie des Français et des acteurs économiques avant de longs mois voire des années. Question : en auront-ils la patience ?

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