La grève de correcteurs du bac confirme une évolution des conflits sociaux.

Bacheliers 2019
Bacheliers 2019 © Maxppp / Pierre HECKLER / Le républicain lorrain

Après les gilets jaunes et les blocages des ronds-points, après les arrêts maladie d’équipes des urgences dans les hôpitaux, avec aujourd’hui la grève de la remontée des notes des copies du bac, c’est une évolution que l’on peut qualifier de deux façons. 

  • On peut, à chaque fois, justifier ces actions en disant qu’il s’agit d’une mobilisation de dernier recours, qui vise l’efficacité et la visibilité médiatique. Et c’est souvent réussi : Emmanuel Macron a dû trouver une vingtaine de milliards d’euros pour les gilets jaunes (chèque inédit par son ampleur), il devra s’occuper des urgences et on voit que la grève des corrections fait la Une. 
  • Ou alors on peut -point de vue fort différent et on l'assume ici- s’inquiéter de la multiplication de ce genre de mouvement qui créé une sorte -utilisons un mot fort- de zadisme permanent. Ces actions radicales venues du terrain sont loin des mobilisations classiques et des grèves organisées par notamment les syndicats. Blocages sur les routes, santé, éducation : des digues que l’on croyait infranchissables sautent les unes après les autres, au risque du nihilisme. Quand des intermittents bloquent des festivals, c’est une chose. La non-correction des copies en est une autre : c’est un affront aux lycéens sur le diplôme duquel il y aura un doute. 

Quelles seront les prochaines étapes ? Déjà des surveillants de prison en grève auraient refusé de servir des repas à des détenus. Des agents du fisc vont-ils saboter des déclarations de revenus ? Des policiers refuser de prendre des plaintes ? Le jusqu’au boutisme est le signe d’une société malade, qui dévalorise aussi l’action de tous ceux qui n’utilisent pas ce genre de méthode.  

Qui est responsable ? 

  • Ce sont d’abord ceux qui mettent en œuvre ces méthodes. Dans le cas précis de l’éducation : ceux qui abusent d’un droit de grève par ailleurs déjà largement utilisé dans ce ministère – ce qui n’est pas le cas dans les hôpitaux où il est très restreint. C’est donc plus condamnable dans l’éducation. 
  • Les syndicats portent eux aussi leur part de responsabilité : selon une enquête Cevipof de la semaine dernière, 62 % des salariés ne leur font toujours pas confiance parce qu’ils ne les trouvent pas efficaces. 
  • Enfin, ce gouvernement a du mal à dialoguer avec les corps intermédiaires. 

Pour toutes ces raisons, l’opinion est à fleur de peau, elle est indulgente avec les actions ultras et Emmanuel Macron devrait se méfier de sa réaction sur la future réforme des retraites. Selon un sondage Elabe, 47 % des Français y sont opposés, contre un tiers en janvier. Il y a deux ans, le candidat Macron promettait que l’âge de départ ne changerait pas, il a changé d’avis. Il y a deux ans, il a été imprudent ou présomptueux, aujourd’hui il a grandement intérêt à être prudent et respectueux – de sa parole.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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