Votre chronique ce matin : une drôle de période.

Oui, ce mois qui se sera écoulé entre le 15 mai, date d’entrée de François Hollande à l’Elysée, et le 17 juin, le second tour des législatives, restera comme une période étrange. S’il faut résumer ce temps d’initiation du nouveau président, on peut dire : un sans-faute esthétique, une prudence tactique avec des petits coups de barre à gauche dans la dernière ligne droite, mais aussi un contenu encore hypothétique pour l’après. Cela vaut pour l’économie. D’un côté, des décisions symboliques (au sens de porteuses de symbole) : baisse du salaire des ministres, décret sur les retraites, rapport commandé sur le site de Florange. Ce sont là les seules mesures concrètes vraiment prises. De l’autre côté, on ne connaît pas encore la stratégie précise sur la zone euro ou les finances publiques. Ce mois apaisé contraste avec les débuts énervés de Nicolas Sarkozy mais ce temps d’apesanteur ne peut durer.

Que voulez-dire par sans-faute esthétique ?

Il n’y a pas eu d’erreur de com (comme on dit). C’est un défilé quasi-militaire et réussi, de belles intentions. On a eu le discours sur la croissance ; puis le poing sur la table sur les salaires dans le secteur public ; puis, hier, la séquence loyers (pas beaucoup de précisions) ; demain, la réforme de la réforme des retraites. Les ministres se succèdent comme à la parade sur le front médiatique. Le dialogue social est lui-même ultra-scénarisé. Jean-Marc Ayrault a d’abord reçu un à un les syndicats et le patronat ; aujourd’hui, il va les voir tous ensemble ; début juillet, tout le monde se déplacera gentiment vers l’Elysée pour un sommet social de deux jours. Une remarque non économique : c’est aussi la première fois que l’Elysée organise une conférence de presse, hier, pour dévoiler la photo officielle du chef de l’Etat ! Oui, sans-faute esthétique.

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Et sur le fond ?

Les ministres parlent beaucoup, mais disent peu. Leurs conseillers parlent encore moins pour éviter LA « gaffe » qui tuerait. Mais en même temps, tout cela est parfois acrobatique, avec le risque de tout dire et son contraire. Hier, Pierre Moscovici (Economie) a assuré que les déficits seront réduits sans austérité - on verra ; la semaine dernière, Arnaud Montebourg (Redressement productif) jurait que (je cite) « nous sommes entrés dans le moment où les Français se donnent la main ». Le dossier Doux montre que la vie est plus compliquée ! Et puis, que faire sur l’Espagne, la Grèce ? On ne sait pas.

Le premier mois de Nicolas Sarkozy avait été différent ?

La suite a montré que ce n’était pas un modèle ! Mais il avait lancé le Grenelle de l’environnement. Et la loi Tepa avait été présentée dans le détail ; Il y avait plus de prise de risques.

Ce mois d’apesanteur, comme vous dites, c’est gênant ?

Non, c’est en partie, si j’ose dire, normal. On verra si les électeurs jugent les intentions ou sanctionnent la relative inaction ; Ce qui serait ennuyeux serait que François Hollande croit que, par miracle et la magie du verbe préélectoral, les difficultés post-électorales vont s’aplanir après le 17 juin. On aimerait mais hélas, ça ne sera pas le cas.

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