La Banque centrale européenne tient sa réunion mensuelle aujourd’hui. Mais cette fois-ci, vous nous dîtes que ce ne sera pas une réunion pour rien… et tous les regards sont tournés vers Francfort.

Oui, la question n’est pas de savoir si la BCE et Mario Draghi, son président, vont agir ; cela ne fait aucun doute et c’est une bonne chose, on l’attend depuis plusieurs mois. La question est de savoir s’ils vont sortir l’artillerie lourde, le fusil ou un pistolet en mousse ! Mais c’est un fait que les gouvernements, les banques et les économistes sont suspendus à ce qui sera décidé. Première remarque : le contraste est saisissant entre la défiance que suscite Bruxelles ou le Parlement européen auprès des opinions publiques – on l’a vu dans les urnes le 25 mai – et la confiance dont bénéficie la BCE. On attend qu’elle relance la croissance, qu’elle lutte contre la déflation et qu’elle fasse baisser l’euro ; rien que cela !

On attend beaucoup d’elle parce que jusqu’à maintenant, elle a été efficace, non ?

Oui. Entre 2010 et 2012, un seul sujet occupait la Une de l’actualité en Europe : l’euro va-t-il « sauter » ; la zone euro va-t-elle exploser ? Mario Draghi a stoppé tout cela avec une arme génialement utilisée et peu coûteuse : la communication. Depuis, pschitt, le sujet s’est envolé. Mais voilà, aujourd’hui, la question sur la table, c’est la crainte de déflation qui est la conséquence des politiques d’austérité qui ont atrophié la demande dans le Sud de l’Europe – sans qu’une alternative soit proposée. Il est bizarre de préférer qu’il y ait de l’inflation, mais quand les prix ne bougent pas ou reculent, l’expérience montre que les salaires risquent de suivre la même pente et on entre dans une spirale dangereuse. Où en sont prix dans la zone euro ? + 0,5% sur un an. C’est peu. Où en est la croissance ? + 0,2% au premier trimestre. C’est trop peu aussi. Les pays qui font de réformes structurelles, comme l’Espagne et l’Italie et réduisent leurs déficits ont donc besoin d’un coup de pouce. Donc, comme on dit au cinéma : action !

Quels leviers d’action sont possibles ?

Depuis des mois, la BCE chauffe la salle, elle ne doit pas décevoir. Au-delà de la technique, l’idée est d’augmenter les liquidités qui circulent dans l’économie, d’affaiblir l’euro en le rendant moins attirant et de relancer le crédit. Techniquement, les mesures les plus significatives attendues sont la taxation de l’argent que les banques placent à la BCE (pour qu’elles aient davantage intérêt à vous en prêter à vous !) et des prêts à long terme. Certains voudraient que la BCE aille plus loin en rachetant comme la Réserve américaine et la Banque du Japon de la dette publique des Etats, mais il y a un « nein » allemand. Au total jusqu’à maintenant on a jugé Draghi sur les mots, on va voir à l’œuvre l’italien sur les mots. Au passage, relevons qu’entre Renzi et Draghi, les Italiens sont en pole position en Europe en ce moment.

Donc c’est vraiment un jour important pour l’économie européenne ?!

Les attentes sont considérables – et sans doute bien trop importantes, la BCE ne peut donner que ce qu’elle a, pas plus mais c’est vrai qu’aujourd’hui, c’est le D Day, le Draghi Day !

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Le blog de Dominique Seux

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