Les exportations d’armes de la France ont grimpé de 30% en 2018. Sur dix ans, La France exporte autant que les Etats-Unis en une seule année. Les zones grises et un peu d'hypocrisie sont à la fois condamnables et inévitables.

Rafales
Rafales © Getty / GAMMA

Les exportations d'armements ont atteint 9 milliards d’euros l'année dernière.

La moitié vers le Moyen-Orient, un quart vers l’Europe. Sur dix ans, le premier client est l’Inde, avant dans l’ordre, l’Arabie saoudite, le Qatar, l’Egypte et le Brésil. Les plus gros contrats portent sur des Rafales, des patrouilleurs et des hélicoptères. Voilà pour les faits et ici ce rapport

A partir de là, qu’en penser une fois qu'on a tous souhaité un monde sans arme ? Il y a plusieurs attitudes : 

  • D'abord, la réaliste. L’industrie de l’armement, ce sont 200 000 emplois directs, davantage avec les indirects, plus d’un emploi industriel sur dix. Si la France ne vendait pas d’armements, les Etats-Unis et la Chine s’en chargeraient. Un chiffre : en dix ans, les exportations françaises se sont élevées à 50 milliards d’euros, soit ... une année d’exportations américaines. 

Second angle, économique. Vendre des matériels à l’étranger permet de les amortir et de peser moins sur le budget de la Défense. Depuis sa naissance, 180 exemplaires du Rafale ont été commandés par les armées françaises, 96 ont été exportés, deux tiers en France, un tiers dehors. En 30 ans, 29 navires de guerre sont sortis du chantier naval de Lorient : 16 pour la marine bleu-blanc-rouge, 13 à l’export. Les coûts sont répartis. 

  • La troisième approche est la tension entre la géopolitique et la morale. Au fond, la question la plus discutée est « à qui » vendre, pas à tout le monde. Cette antenne a dévoilé - et c’est son travail nécessaire - des informations sur les exportations vers le Yémen et l’Arabie saoudite. La ministre de la Défense, Florence Parly, elle, a défendu, devant les députés, début mai, les procédures de contrôle des exportations (que peut-on vendre -quels types d'armes- et à qui ?, ce qui est à la fois inévitable et hypocrite sauf à renoncer aux exportations) et les enjeux de puissance. 

Qu’en conclure ? 

Il y a, à l'évidence, une zone grise, celle des ventes à des pays non démocratiques. Vendre à l’Egypte et à l’Australie, ce n’est pas la même chose. Mais une fois que l’on a dit cela, quoi encore ? Je vais livrer un petit secret de journaliste, de mon cru. Quand un éditorialiste a du mal à conclure, à trancher, la porte de sortie numéro une, c'est de réclamer un débat, puis la règle numéro deux est de réclamer de la transparence ! 

Demandons donc plus de transparence sur les ventes d'armes, en notant que le rapport publié, hier, fait des efforts, mais ajoutons, comme il se doit, qu’il faut aller plus loin....

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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