L’édito éco de Dominique Seux, des « Echos ». ___ La Bourse de Paris a clôturé hier soir en hausse de presque 2,5 %. Elle a effacé ses pertes enregistrées depuis le début de l’année. L’indice CAC 40 affichait hier soir un gain, certes petit mais un gain tout de même, de 0,62 % par rapport au 1er janvier. Il a joué les vraies montagnes russes puisqu’il a plongé jusqu’à début mars puis, il s’est offert ce que les boursiers appellent un rallye : + 31 % en huit semaines. Alors, il y a plusieurs explications. A court terme, deux indicateurs américains sur le logement, meilleurs que prévu, ont été appréciés. A moyen terme, c’est un climat d’euphorie qui règne en bourse. Après avoir broyé du noir, les investisseurs voient tout, pas encore en rose, mais en gris pâle. Quelques résultats d’entreprises sont moins mauvais que prévu : cela suffit pour que sur les marchés boursiers, les mauvaises nouvelles soient inaudibles. Et pourtant, les prévisions économiques ne sont pas roses. Les dernières prévisions présentées par la Commission européenne pour le Vieux continent sont effectivement plutôt sombres. Les analystes de Bruxelles ont revu à la baisse leurs scénarios de croissance par rapport à ceux de janvier. La récession serait de 4% dans les pays de la zone euro. Ce sont à peu près les mêmes chiffres que ceux du Fonds monétaire international. Et le seul élément nouveau n’est pas réjouissant, il concerne le chômage. Le taux de chômage monterait jusqu’à 11,5% en 2010, niveau le plus élevé depuis 1945. Attention, c’est une moyenne, en France, le chômage resterait en dessous de ce qu’il était en 1993. La question qui suit vaut cher : la hausse de la Bourse va-t-elle continuer ? La Bourse a grimpé avec enthousiasme, l’économie réelle ne va pas vraiment mieux, on voit tout de suite le paradoxe. Donc, non, la bourse a ses raisons que la raison ne connaît pas et c’est pour cela qu’il ne faut pas accorder trop d’importance à ses yo-yo. Les marchés sont moutonniers, ils peuvent donc changer d’avis très vite. Nous sommes vraiment dans une période un peu comme une tôle ondulée : un jour, une bonne nouvelle le lendemain, une mauvaise. Les économistes se souviennent de l’année 1932 : la bourse avait grimpé de 20% en mars, avant de replonger de 50%. Comparaison n’est pas raison mais je ne parierai pas grand chose sur la poursuite de la hausse. Est-ce pour cela que les entreprises « chouchoutent » les actionnaires ? C’est le point intéressant. C’est vrai qu’elles les cajolent en distribuant beaucoup de dividendes. Cette année, les entreprises du CAC 40 vont en distribuer presque autant que l’an dernier, alors que les bénéfices 2008 ont baissé de 40%. Résultat, elles vont reverser 60% de leurs profits aux actionnaires, proportion la plus élevée depuis 1987. Est-ce un bon choix ou un choix à courte vue ? Ces entreprises considèrent que les actionnaires ont beaucoup perdu depuis un an et demi – au-delà du dernier rebond – et qu’elles ont besoin d’eux pour se financer parce qu’elles ne peuvent pas compter sur les banques. Mais à l’inverse, on peut se dire qu’en choisissant les actionnaires, elles renoncent à conserver du « cash » utile, notamment pour investir. Ce qui leur manquera si les marchés font défaut ou se montrent trop gourmands.

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