François Hollande a assuré hier, dans Le Journal du Dimanche , que (je cite) le redressement de la France n'est pas terminé, mais que -et c'est ce dont on parle ce matin- le retournement économique arrive. Il a raison ?

Oui, il a raison... L'économie semble aller un peu mieux qu'il y a un an. Mais la crainte est que le retournement soit mou, que l'on rebondisse mais pas assez haut pour inverser par exemple la courbe du chômage. François Hollande, on le sait, croit aux cycles économiques. Et c'est vrai qu'ils existent. Il serait ridicule de caricaturer ce pari en le résumant par un « après la pluie, le beau temps ». Le chef de l'Etat a aussi raison de penser que la psychologie compte en économie. Le problème est qu'on l’a déjà entendu dire « la reprise est là » l'été dernier et promettre l'inversion de la courbe du chômage.

Regardons précisément la situation économique...

En 2013, la croissance s'est élevée à 0,3%, le gouvernement table sur 1% cette année : c'est crédible disent les économistes. Cela étant, ce n'est pas beaucoup, la plupart des autres pays font mieux et d'ailleurs notre reprise serait tirée par l'extérieur. En réalité, les derniers indicateurs de l'Insee montrent que l'on est toujours sur de la tôle ondulée. L'industrie monte un peu, la consommation a reculé au premier trimestre après une bonne fin d'année, les perspectives de l'artisanat et du bâtiment restent très mauvaises, celles du commerce un peu meilleures. Bref, le retournement est peut-être pour maintenant, mais c’est un retournement qui traîne les pieds. Et du coup, les prévisions officielles pour 2015 et après (1,7 puis 2,25% de croissance par an), là, ne sont pas jugées crédibles.

Si François Hollande renoue avec la méthode Coué maintenant,__ c’est pour deux raisons précises.

Politiquement, c'est la théorie du tourbillon. Quand vous êtes pris dans un tourbillon dans la Loire ou ailleurs et que vous êtes tirés vers le fond, il ne sert à rien de résister, mais au bon moment, il faut donner le coup de pied pour remonter et ça va marcher. François Hollande pense qu'il en est là : après deux ans ratés, le pire est forcément passé. Economiquement , il y a un autre calcul qui est une inquiétude. Le plan de 50 milliards d'économies peut déprimer les Français et, justement, leur moral sur leur situation financière a fait en avril une chute inédite depuis vingt ans ! Il faut d’urgence éviter une rechute.

Que faudrait-il pour que l’état d’esprit général change dans le bon sens sur l’économie et que le « retournement » soit plus franc ?

Un : Décider des réformes ou des changements visibles qui s’appliqueraient immédiatement et pas dans neuf mois, un an ou cinq ans. Deux : surprendre avec des idées originales parce que non, on a pas tout essayé, sur l’emploi, les revenus ou la compétitivité. Les impôts, qu’ils montent ou baissent, ne peuvent être le seul levier d’action quand même ! Trois : il faut que celui qui promettre la sortie du tunnel inspire lui-même confiance et que sa parole ne soit pas démonétisée. C’est évidemment le problème numéro un de François Hollande dont la cote de confiance ne se retourne pas.

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