L’édito éco de Dominique Seux, du journal « Les Echos ». ____Un sujet anti-crise ce matin. Hier, plusieurs grandes entreprises françaises ont présenté leurs résultats, de bons résultats. Il s’agit de poids lourds, d’entreprises connues du grand public, qui rappellent que l’activité économique globale, c’est une moyenne. Une moyenne entre les secteurs qui vont mal, comme l’automobile, les constructeurs européens ont par exemple annoncé hier soir qu’ils anticipent une production en baisse de 25% cette année. Et puis de l’autre côté, des secteurs qui vont bien. Cette idée de moyenne est importante, elle vaut pour le PIB, mais aussi pour l’emploi, il y a des sociétés qui embauchent. Alors, ces trois entreprises qui ont dévoilé leurs résultats 2008 et leurs perspectives 2009 sont de taille mondiale, il s’agit de Bouygues, Vinci et France Télécom-Orange. On voit partout leurs logos au fronton de leurs agences, dans leurs parkings ou sur leurs chantiers. Il ne s’agit pas de chausser des lunettes roses, mais de regarder pourquoi elles marchent. D’abord, il y a le secteur du BTP qui résiste. Les résultats de Bouygues et Vinci sont bons. En 2008, leurs chiffres d’affaire ont grimpé d’environ 11%, leurs bénéfices d’à peine moins. Et ces deux sociétés ne sont pas inquiètes pour cette année, leurs carnets de commandes sont remplis. « Nos métiers sont plutôt épargnés » a indiqué Martin Bouygues hier. C’est vrai que c’est un peu contre intuitif. On a l’impression que les travaux publics, le bâtiment, vont très mal. Ce qui joue, c’est l’implantation mondiale de ces groupes, mais aussi le fait que les contrats pour les grands équipements, les routes, les voies ferrées sont au long cours, sur plusieurs années, et avec des collectivités publiques. Et puis les plans de relance les concernent. Leur secret, c’est la diversification, avec chacun sa recette. Bouygues compense les résultats décevants de TF1 par les bons de Bouygues Télécom et sa participation dans Alstom. Vinci tire profit de ses concessions, les Autoroutes du Sud de la France, et des hausses de péages assez fortes. Au total, vous connaissez l’expression : quand le bâtiment va tout va ; eh bien l’inverse n’est pas vrai : quand ça ne va pas, le BTP peut aller bien ! Autre résultat publié hier : celui de France Télécom. C’est un vrai paquebot qui fait mieux que résister. Le chiffre d’affaires a progressé de 3%, notamment grâce aux 810.000 i-phones vendus. Cette réussite s’explique par le fait que les télécommunications sont insensibles à la crise. Téléphoner moins sur son fixe, sur son mobile, moins utiliser Internet, cela ne fait pas partie des idées d’économies des Français. Là encore, c’est un peu contre-intuitif puisque c’est un poste du budget familial qu’on pensait non vital. Eh bien en fait si, c’est devenu vital, ce phénomène étant aidé par le succès des forfaits et des engagements 12 mois ou 24 mois, qui vous bloquent un peu. Même en Espagne, où la récession est sévère, l’activité mobile n’a baissé que de 1,5%. Pour l’avenir, France Télécom compte continuer aussi à élargir son activité, en développant la vente de musique, les offres de télévision payante et les jeux vidéos. Ces grands groupes peuvent-ils quand même être rattrapés par la crise ? Ils essaient de se diversifier au maximum. Pour le reste, c’est difficile à savoir. La crise arrive par cascade, les banques, puis l’industrie, peut-être après les grands équipements et les services. Le trafic poids lourds sur les autoroutes a ainsi chuté brutalement en janvier et février, c’est mauvais pour Vinci. On redevient vite pessimiste. En attendant, la bourse a applaudi à tous ces résultats, dont on peut se réjouir.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.