Ce matin, vous évoquez, tout simplement, la présidentielle.

Oui, mais pas celles (au pluriel) auxquelles vous pouvez penser. Ces heures-ci, on parle de l’élection présidentielle en Russie – vous êtes à Moscou. On parle aussi de l’élection française qui approche. Eh bien, il y a une autre présidentielle dont personne n’a parlé, celle qui a eu lieu jeudi à Bruxelles : le choix du ... président de l’Europe. Quand on dit le choix, c’est une expression : les Vingt-Sept ont décidé de reconduire pour deux ans et demi à la tête de l’Europe Herman Van Rompuy. Il avait été nommé début 2010. Ils l’ont également bombardé au poste de président de la zone euro - un nouveau poste. Il n’y a eu ni discussion ni compétition - il y avait un seul candidat -, il n’y a pas eu de présentation d’un programme. L’Europe a choisi un président, et l’événement est tellement passé inaperçu que l’AFP l’a appris par un message twitter d’Herman Van Rompuy même. C’est la présidentielle oubliée.

Pourquoi une telle discrétion ?

Pour deux raisons. La première est que c’est le choix d’Herman Van Rompuy. Le flamand conçoit son rôle de président de l’Union comme celui d’un facilitateur, d’un négociateur, pas d’un patron. Tout le monde en dit du bien, mais il est d’une discrétion totale, presque maladive. Vous ne trouvez pas trace d’un coup de gueule ou d’un coup de poing sur la table. La seconde raison est que cette façon de faire arrange totalement les gouvernements, les grandes capitales, Berlin, Paris, Rome, Madrid, qui ne voulaient pas d’un concurrent. Ces dernières années, ils ont tourné le dos à l’Europe fédérale pour choisir l’Europe intergouvernementale. Ils se voient comme un club, auquel ils invitent le président de l’Union, Van Rompuy et celui de la commission, Barroso – et si ces deux-là se tirent dans les pattes, c’est encore mieux.

Cela pose-t-il un problème ?

Cela pose des questions. D’abord, ce n’est pas ce qu’on avait compris quand le Traité de Lisbonne a été adopté. On avait évoqué un président fort, visionnaire, qui incarnerait l’Europe à l’intérieur et à l’extérieur. Les dirigeants actuels ont eu la peau de cette conception. Ensuite, le Vieux Continent aligne six dirigeants : le président de l’Union (Van Rompuy), celui de la Commission (Barroso), celui de la présidence tournante (le Danemark) ; ceux de la seule zone euro, encore Van Rompuy côté politique, Jean-Claude Juncker, pour l’économie. Sans oublier le président du Parlement européen. Le résultat, c’est que chacun sait que Berlin et Paris sont les vrais « patrons » et qu’en face d’eux, la seule tête qui dépasse, c’est celle du patron de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, qui incarne l’intérêt global de l’Europe - Draghi qu’on peut appeler ces jours-ci The Artist même s’il n’est pas très haut en couleurs.

Donc un problème d’incarnation pour l’Europe ?

Pour les habitants des petits pays certainement, et aussi pour l’extérieur ; Barack Obama et Hu Jintao connaissent-ils le numéro de téléphone d’Herman Van Rompuy ? On en doute.

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