Les Français découvrent un peu effarés la situation catastrophique d’Areva, notre soi-disant champion du nucléaire

Dans l’imaginaire collectif de nos grands succès, il y a l’aérien –avec Airbus-, le luxe -avec LVMH et Hermès- et le nucléaire. Eh bien, ce côté du piédestal branle sérieusement. On a appris hier qu’Areva a enregistré l’an dernier une perte équivalente à la moitié de son chiffre d’affaires, près de cinq milliards d’euros. C’est énorme. A ce niveau-là, c’est peut-être même mortel. D’où la question que tout le monde se pose : les remèdes prescrits par le tandem Philippe Varin-Philippe Knoche, les patrons, sont-ils à la hauteur de la maladie ?

On va se poser la question, mais d’abord : qu’est ce qui se passe ?

Il y a deux problèmes. Un : Areva a eu les yeux plus grands que le ventre sur des grands projets. C’est le rachat en 2007 d’Uramin, une société canadienne dans le secteur des mines, qui a coûté cher sans tenir ses promesses. C’est la construction de l’EPR finlandais d’Olkiluoto (OL3), le réacteur de nouvelle génération, dont les coûts dérapent avec une constance de métronome. Mais le + grave n’est pas là. C’est qu’Areva n’est pas rentable sur son activité ordinaire, la maintenance de centrales, le traitement des déchets, les chaudières. Son résultat opérationnel courant est nettement dans le rouge.

Qui est responsable ?

Il y a le retournement du marché après Fukushima. Il y a aussi un retournement antérieur qui n’a pas été vu, le choc du gaz de schiste aux Etats-Unis (où Areva a une grosse activité), qui a changé la donne sur le nucléaire. Qui est responsable ? Anne Lauvergeon puis son successeur Luc Oursel, qui ont fait des prévisions ultra-optimistes et peu réalistes sur l’évolution du marché. Il y a eu aussi beaucoup d’embauches pendant des années. Mais aussi l’Etat, qui n’a rien vu, ni voulu voir.

Que préconisent les nouveaux dirigeants ?

Ils disent la vérité, c’est bien. Mais le plan de redressement est soft et encore flou. Ils parlent d’un plan de départs volontaires, d’un recentrage sur le cœur de métier du groupe. Dans une entreprise privée, les décisions seraient sans doute plus radicales. Il est vrai que l’Etat actionnaire –qui n’est pas un stratège de génie- n’a plus un sou et qu’il n’est jamais à l’aise quand il s’agit de réfléchir à dix ou vingt ans.

Un plan radical, qu’est-ce que cela serait ?

Peut-être qu’Areva ne soit plus un généraliste du nucléaire, qui fait tout, de l’extraction de l’uranium aux plans du réacteur, de son entretien jusqu’au retraitement – comme Nespresso fait tout dans le café ! Il y aura peut-être une re-spécialisation. Quant à l’idée d’un rapprochement entre Areva, qui conçoit les centrales et fournit l’uranium, et EDF, qui les exploite, manions-là avec des pincettes : Airbus, qui fabrique les avions, n’a pas le même métier qu’Air France qui les fait voler ! N’enterrons en tous cas pas Areva : le renouvellement des centrales en France comme le marché chinois offrent à l’évidence des opportunités.

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Le blog de Dominique Seux

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